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Du cinéma guérilla, en mode « run-and-gun »
En 2021, j’ai participé au tournage de ce qui allait éventuellement devenir Untrodden 2: The Treasure of the Algonquin People, une production indépendante de Metal Source Studios, née dans la région d’Ottawa et réalisée avec des moyens extrêmement modestes, mais portée par des gens qui avaient une véritable envie de faire du cinéma.
D’une websérie au long métrage
Une première incarnation d’Untrodden avait été produite sous forme de websérie quelques années auparavant, en 2018. Ce que nous tournions en 2021 devait initialement devenir la deuxième saison, sous le titre Untrodden Season 2: The Treasure of the Algonquin People.
Puis le projet a grandi en cours de route.
Les frontières entre websérie, deuxième saison et film sont devenues de plus en plus floues à mesure que le matériel s’accumulait, jusqu’à ce que cette deuxième partie soit finalement assemblée sous la forme d’un feature-length film. Le projet est aujourd’hui répertorié sous le titre Untrodden 2: The Treasure of the Algonquin People, avec une sortie en 2024.
Eugene entre en scène
J’y interprétais Eugene, un personnage secondaire qui croisait la route du protagoniste interprété par Serguei Konioukhov.
Mes scènes ont été tournées sur deux journées, à un peu plus de deux mois d’intervalle, avec Serguei et Adil Belhadji. Et quand je parle d’une petite équipe, le terme est presque encore trop généreux : pendant une bonne partie de mes scènes, nous étions essentiellement trois à tout faire.
Adil était réalisateur et scénariste du projet, en plus d’assurer une partie importante de la photographie. Serguei en était le producteur, co-cinématographe et responsable d’une bonne partie du travail technique et des effets visuels. Tous deux apparaissaient également devant la caméra.
Mais sur le terrain, les titres devenaient vite secondaires. Acteur, réalisateur, caméra, son, perche, maquillage, éclairage, accessoires, logistique… les rôles changeaient constamment selon les besoins. Celui qui était devant la caméra quelques minutes plus tôt pouvait se retrouver à tenir la perche, à déplacer du matériel ou à préparer le plan suivant. C’était du cinéma dans sa forme la plus artisanale.
20 juin 2021 — Southern Farm and Pinhey Forest, Nepean
Ma première journée de tournage s’est déroulée le 20 juin 2021, dans le secteur de Southern Farm and Pinhey Forest, à Nepean, en Ontario.
Eugene y apparaissait comme une sorte de guerrier solitaire lancé à la poursuite du personnage principal de Serguei. Une bonne partie de la journée a donc été consacrée à des scènes de maraudage, de traque et de poursuite à travers la forêt.
Le décor faisait une grande partie du travail : sentiers étroits, végétation dense, arbres, terrain irrégulier. Plutôt que d’essayer de recréer un environnement avec des moyens que nous n’avions pas, on utilisait directement la forêt et ses contraintes pour donner de la texture aux scènes.
Courir, poursuivre… et recommencer
Et il fallait bouger. Beaucoup. Courir à travers les bois, disparaître derrière les arbres, réapparaître ailleurs, poursuivre, être poursuivi, replacer la caméra, recommencer le mouvement sous un autre angle…
La journée culminait notamment avec une scène de combat à mains nues particulièrement physique entre nos personnages. Ce genre de séquence devient rapidement exigeant lorsqu’on travaille avec une équipe aussi réduite. Il faut penser aux déplacements, aux angles de caméra, à la continuité et au rythme du combat, tout en conservant suffisamment d’énergie pour recommencer les prises. Il n’y avait évidemment pas une équipe de cascadeurs, plusieurs caméras et vingt techniciens autour de nous. Nous devions construire la scène avec ce que nous avions, trouver comment la filmer… puis nous lancer.
29 août 2021 — Hull
Je suis revenu tourner un peu plus de deux mois plus tard, le 29 août 2021. La journée a commencé dans le secteur de Hull, à Gatineau, autour de la Place du Portage. Le contraste avec le tournage précédent était assez marqué. Après les bois de Nepean, nous nous retrouvions cette fois dans un environnement franchement urbain, au milieu du béton et des édifices gouvernementaux. Encore une fois, la ville elle-même devenait notre décor.
Mais cette portion du tournage n’était que le début de la journée. Parce qu’ensuite, nous avons quitté Hull pour quelque chose de passablement différent.
Direction : les cavernes Lusk
Nous avons pris la route vers les cavernes Lusk, dans le parc de la Gatineau, pour tourner une longue série de scènes de traque et de poursuite. Et là, le tournage est devenu beaucoup plus physique. Une partie de la séquence se déroulait dans la forêt autour des cavernes, avec une longue chasse entre les personnages, avant que la poursuite ne continue à l’intérieur même des passages rocheux.
Il fallait avancer dans un environnement humide, sombre et irrégulier tout en continuant à penser comme acteurs… et comme équipe de tournage. Faire entrer le matériel. Trouver où placer la caméra. Composer avec la lumière disponible. Recommencer un déplacement. Trouver un nouvel angle.
Et essayer, accessoirement, de ne pas se casser la margoulette sur les rochers.
Quand la poursuite bascule vers le surnaturel
L’atmosphère naturelle des lieux faisait cependant une énorme partie du travail. Plus les personnages s’enfonçaient dans les cavernes, plus le film pouvait naturellement basculer vers quelque chose d’étrange et d’inquiétant.
La poursuite finissait ainsi par prendre une dimension presque surnaturelle avec l’apparition d’un Wendigo fantomatique dans les cavernes. Pas exactement le genre de journée où l’on reste assis dans une roulotte entre deux prises. Il n’y avait d’ailleurs pas de roulotte.
Trois personnes, tous les métiers
Ce qui me reste surtout de ce tournage aujourd’hui, c’est probablement la manière dont il a été réalisé. Il serait facile de simplement qualifier Untrodden de production amateur. Techniquement, c’en était une. Mais le mot ne raconte pas vraiment ce qui se passait sur le terrain.
Adil et Serguei ne partaient pas de zéro. Untrodden avait déjà connu une première vie sous forme de websérie, et Metal Source Studios avait déjà développé tout un univers avec ses propres personnages, son esthétique et ses effets visuels. La deuxième partie était simplement beaucoup plus ambitieuse. Davantage de personnages. Davantage de lieux. Plus d’action. Des séquences en forêt, en ville, dans des cavernes. Des combats. Des poursuites. Des éléments fantastiques. Le tout avec une structure de production qui demeurait minuscule.
Pendant mes scènes, il n’y avait pratiquement aucune séparation confortable entre les départements. Nous étions les départements. Quelqu’un devait tenir la perche? L’un de nous la prenait. Il fallait ajuster un élément de costume ou de maquillage? On s’en occupait. Déplacer le matériel, préparer un plan, trouver un angle, vérifier le son, éclairer ce qu’on pouvait, jouer la scène, puis transporter le tout quelques centaines de mètres plus loin? Même équipe. Et puisque Serguei et Adil étaient eux-mêmes à la fois devant et derrière la caméra, il fallait régulièrement trouver des solutions simplement pour réussir à filmer tout le monde.
Une ambition beaucoup plus grande que les moyens
Avec le recul, c’est justement ce qui donne à cette expérience une place particulière dans mes souvenirs de tournage. Ce n’était pas une grosse machine de production. C’était quelques passionnés dans une forêt, au milieu de Hull ou au fond d’une caverne, avec une caméra, du matériel qu’il fallait transporter soi-même et une histoire beaucoup plus ambitieuse que les moyens dont nous disposions. Le projet qui devait être une deuxième saison d’une websérie a continué à évoluer, a survécu à une longue période de production et de postproduction et a finalement trouvé sa forme comme long métrage en 2024.
Et quelque part dans ces trois heures de film se trouve Eugene, qui poursuit un homme à travers les bois avant de se retrouver mêlé à une histoire de cavernes et de Wendigo. Quand j’y repense, c’était complètement artisanal. Mais c’était aussi du vrai cinéma.
D’autres projets auxquels j’ai participé

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Du cinéma guérilla, en mode « run-and-gun »
En 2021, j’ai participé au tournage de ce qui allait éventuellement devenir Untrodden 2: The Treasure of the Algonquin People, une production indépendante de Metal Source Studios, née dans la région d’Ottawa et réalisée avec des moyens extrêmement modestes, mais portée par des gens qui avaient une véritable envie de faire du cinéma.
D’une websérie au long métrage
Une première incarnation d’Untrodden avait été produite sous forme de websérie quelques années auparavant, en 2018. Ce que nous tournions en 2021 devait initialement devenir la deuxième saison, sous le titre Untrodden Season 2: The Treasure of the Algonquin People.
Puis le projet a grandi en cours de route.
Les frontières entre websérie, deuxième saison et film sont devenues de plus en plus floues à mesure que le matériel s’accumulait, jusqu’à ce que cette deuxième partie soit finalement assemblée sous la forme d’un feature-length film. Le projet est aujourd’hui répertorié sous le titre Untrodden 2: The Treasure of the Algonquin People, avec une sortie en 2024.
Eugene entre en scène
J’y interprétais Eugene, un personnage secondaire qui croisait la route du protagoniste interprété par Serguei Konioukhov.
Mes scènes ont été tournées sur deux journées, à un peu plus de deux mois d’intervalle, avec Serguei et Adil Belhadji. Et quand je parle d’une petite équipe, le terme est presque encore trop généreux : pendant une bonne partie de mes scènes, nous étions essentiellement trois à tout faire.
Adil était réalisateur et scénariste du projet, en plus d’assurer une partie importante de la photographie. Serguei en était le producteur, co-cinématographe et responsable d’une bonne partie du travail technique et des effets visuels. Tous deux apparaissaient également devant la caméra.
Mais sur le terrain, les titres devenaient vite secondaires. Acteur, réalisateur, caméra, son, perche, maquillage, éclairage, accessoires, logistique… les rôles changeaient constamment selon les besoins. Celui qui était devant la caméra quelques minutes plus tôt pouvait se retrouver à tenir la perche, à déplacer du matériel ou à préparer le plan suivant. C’était du cinéma dans sa forme la plus artisanale.
20 juin 2021 — Southern Farm and Pinhey Forest, Nepean
Ma première journée de tournage s’est déroulée le 20 juin 2021, dans le secteur de Southern Farm and Pinhey Forest, à Nepean, en Ontario.
Eugene y apparaissait comme une sorte de guerrier solitaire lancé à la poursuite du personnage principal de Serguei. Une bonne partie de la journée a donc été consacrée à des scènes de maraudage, de traque et de poursuite à travers la forêt.
Le décor faisait une grande partie du travail : sentiers étroits, végétation dense, arbres, terrain irrégulier. Plutôt que d’essayer de recréer un environnement avec des moyens que nous n’avions pas, on utilisait directement la forêt et ses contraintes pour donner de la texture aux scènes.
Courir, poursuivre… et recommencer
Et il fallait bouger. Beaucoup. Courir à travers les bois, disparaître derrière les arbres, réapparaître ailleurs, poursuivre, être poursuivi, replacer la caméra, recommencer le mouvement sous un autre angle…
La journée culminait notamment avec une scène de combat à mains nues particulièrement physique entre nos personnages. Ce genre de séquence devient rapidement exigeant lorsqu’on travaille avec une équipe aussi réduite. Il faut penser aux déplacements, aux angles de caméra, à la continuité et au rythme du combat, tout en conservant suffisamment d’énergie pour recommencer les prises. Il n’y avait évidemment pas une équipe de cascadeurs, plusieurs caméras et vingt techniciens autour de nous. Nous devions construire la scène avec ce que nous avions, trouver comment la filmer… puis nous lancer.
29 août 2021 — Hull
Je suis revenu tourner un peu plus de deux mois plus tard, le 29 août 2021. La journée a commencé dans le secteur de Hull, à Gatineau, autour de la Place du Portage. Le contraste avec le tournage précédent était assez marqué. Après les bois de Nepean, nous nous retrouvions cette fois dans un environnement franchement urbain, au milieu du béton et des édifices gouvernementaux. Encore une fois, la ville elle-même devenait notre décor.
Mais cette portion du tournage n’était que le début de la journée. Parce qu’ensuite, nous avons quitté Hull pour quelque chose de passablement différent.
Direction : les cavernes Lusk
Nous avons pris la route vers les cavernes Lusk, dans le parc de la Gatineau, pour tourner une longue série de scènes de traque et de poursuite. Et là, le tournage est devenu beaucoup plus physique. Une partie de la séquence se déroulait dans la forêt autour des cavernes, avec une longue chasse entre les personnages, avant que la poursuite ne continue à l’intérieur même des passages rocheux.
Il fallait avancer dans un environnement humide, sombre et irrégulier tout en continuant à penser comme acteurs… et comme équipe de tournage. Faire entrer le matériel. Trouver où placer la caméra. Composer avec la lumière disponible. Recommencer un déplacement. Trouver un nouvel angle.
Et essayer, accessoirement, de ne pas se casser la margoulette sur les rochers.
Quand la poursuite bascule vers le surnaturel
L’atmosphère naturelle des lieux faisait cependant une énorme partie du travail. Plus les personnages s’enfonçaient dans les cavernes, plus le film pouvait naturellement basculer vers quelque chose d’étrange et d’inquiétant.
La poursuite finissait ainsi par prendre une dimension presque surnaturelle avec l’apparition d’un Wendigo fantomatique dans les cavernes. Pas exactement le genre de journée où l’on reste assis dans une roulotte entre deux prises. Il n’y avait d’ailleurs pas de roulotte.
Trois personnes, tous les métiers
Ce qui me reste surtout de ce tournage aujourd’hui, c’est probablement la manière dont il a été réalisé. Il serait facile de simplement qualifier Untrodden de production amateur. Techniquement, c’en était une. Mais le mot ne raconte pas vraiment ce qui se passait sur le terrain.
Adil et Serguei ne partaient pas de zéro. Untrodden avait déjà connu une première vie sous forme de websérie, et Metal Source Studios avait déjà développé tout un univers avec ses propres personnages, son esthétique et ses effets visuels. La deuxième partie était simplement beaucoup plus ambitieuse. Davantage de personnages. Davantage de lieux. Plus d’action. Des séquences en forêt, en ville, dans des cavernes. Des combats. Des poursuites. Des éléments fantastiques. Le tout avec une structure de production qui demeurait minuscule.
Pendant mes scènes, il n’y avait pratiquement aucune séparation confortable entre les départements. Nous étions les départements. Quelqu’un devait tenir la perche? L’un de nous la prenait. Il fallait ajuster un élément de costume ou de maquillage? On s’en occupait. Déplacer le matériel, préparer un plan, trouver un angle, vérifier le son, éclairer ce qu’on pouvait, jouer la scène, puis transporter le tout quelques centaines de mètres plus loin? Même équipe. Et puisque Serguei et Adil étaient eux-mêmes à la fois devant et derrière la caméra, il fallait régulièrement trouver des solutions simplement pour réussir à filmer tout le monde.
Une ambition beaucoup plus grande que les moyens
Avec le recul, c’est justement ce qui donne à cette expérience une place particulière dans mes souvenirs de tournage. Ce n’était pas une grosse machine de production. C’était quelques passionnés dans une forêt, au milieu de Hull ou au fond d’une caverne, avec une caméra, du matériel qu’il fallait transporter soi-même et une histoire beaucoup plus ambitieuse que les moyens dont nous disposions. Le projet qui devait être une deuxième saison d’une websérie a continué à évoluer, a survécu à une longue période de production et de postproduction et a finalement trouvé sa forme comme long métrage en 2024.
Et quelque part dans ces trois heures de film se trouve Eugene, qui poursuit un homme à travers les bois avant de se retrouver mêlé à une histoire de cavernes et de Wendigo. Quand j’y repense, c’était complètement artisanal. Mais c’était aussi du vrai cinéma.



















