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RICOCHETS – Préparer un rôle qui laisse des traces
Il y a des rôles qu’on joue. Et il y en a d’autres qu’on porte. Luc, dans le film Ricochets de Mathieu Dodier, fait partie de ces personnages-là. Quand j’ai décroché le rôle, je savais que j’entrais dans une zone grise, trouble, exigeante. Ce que je ne savais pas encore, c’est à quel point Luc allait m’habiter longtemps.
Une fabrication en profondeur
Je crois profondément que les rôles difficiles exigent un travail honnête, lent, enraciné. Alors avant même de travailler mes scènes, j’ai construit un passé à Luc. Une biographie détaillée, fouillée, documentée, que j’ai écrite avec l’aide précieuse de ma douce partenaire, Annick Benoit.
Annick, qui est dramaturge avec une solide formation artistique et un oeil pour l’authenticité, a su me guider avec une intelligence du jeu et une sensibilité rare. Ensemble, on a creusé les blessures d’enfance de Luc, on a imaginé son environnement rural, son isolement, ses traumatismes familiaux. On a exploré la relation complexe à ce frère aîné, Matthieu, à la fois rival admiré et figure paternelle de substitution après la mort accidentelle du père – une disparition qui a non seulement plongé la famille dans la précarité, mais a aussi laissé Luc avec une blessure à la tête, une marque physique et invisible qui conditionnera tant de choses. On a remonté le fil de ses souvenirs (imaginés), de cette négligence maternelle ressentie, de ses relations brisées, de ses silences accumulés. On a cherché à comprendre ce qu’il tait – et pourquoi il le tait, pourquoi la simple accusation de mensonge peut faire surgir en lui une colère dévastatrice.
Mais Annick ne s’est pas arrêtée à la théorie. Elle m’a lancé des défis de jeu concrets. Elle m’a demandé, par exemple, d’incarner Luc dans une situation de la vie courante, hors scénario, pour voir comment il bougerait, parlerait, s’exprimerait. Elle a proposé un exercice où je devais imaginer Luc, lors d’un voyage unique à Montréal, invité par son frère dans un bar karaoké. Quel morceau chanterait-il pour se faire aimer, pour exister aux yeux de ce frère qu’il n’a jamais cessé d’admirer? Sans hésiter, j’ai répondu : Loadé comme un gun d’Éric Lapointe. Pourquoi celle-là? Parce qu’elle porte en elle cette douleur, cette envie viscérale et maladroite d’être reconnu, un peu comme cette force de taureau que nous avions identifiée en Luc, cette énergie sauvage prête à foncer, parfois sans mesurer les ricochets. Alors on l’a projetée sur l’écran du salon. J’ai mis Luc sur mes épaules. Et j’ai chanté. Pas pour faire rire, ni pour performer. J’ai chanté comme Luc aurait chanté : tendu, maladroit, mais habité par cette envie brûlante de se faire reconnaître.
Travailler avec Mathieu Dodier
Le réalisateur Mathieu Dodier m’a fait confiance dès le début. Et ce lien de confiance a été essentiel. J’ai senti qu’il voyait en Luc plus qu’un simple “personnage dérangeant” : il y voyait un humain complexe, à la fois victime et porteur d’espoir. Espoir de rédemption, espoir de guérison, de changement…
Nos échanges autour du film étaient riches. On ne parlait pas que de scènes ou de répliques – on parlait de ce que ça veut dire être un homme en région, vivre avec des douleurs invisibles, notamment celles liées à un traumatisme crânien et aux défis d’une réadaptation en milieu rural, rester derrière pendant que les autres partent. Mathieu avait une vision très claire, mais laissait beaucoup de place au travail intérieur de ses acteurs. Ce respect-là, pour un comédien, c’est inestimable.
Une œuvre de résonances
Ricochets est une oeuvre tendue, profondément humaine, où l’on explore ce qui reste quand tout a été érodé par le temps, la douleur, le silence. On y voit comment les traumatismes non résolus peuvent ricocher à travers une vie, comment les gestes et les mots manqués ont des conséquences qui se répercutent, parfois de manière destructrice.
Luc n’est pas un héros. Ni un méchant. Il est un homme comme il en existe partout au Québec : façonné par la ruralité, par le manque d’accès à l’aide, par une éducation où l’on apprend à endurer plutôt qu’à parler. Un homme qui porte les stigmates de ses blessures, visibles comme cette cicatrice au front, et invisibles.

Pourquoi je suis fier de ce rôle
Je suis fier d’avoir interprété Luc non pas pour sa violence, ni pour sa noirceur, mais pour ce qu’il dit de nous. De ceux qu’on oublie. De ceux qu’on juge trop vite. De ceux qui aimeraient simplement qu’on leur tende la main… mais qui ne savent plus comment demander.
J’ai mis beaucoup de moi dans ce personnage. J’y ai mis ma rigueur, mon instinct, ma vulnérabilité – cette dernière étant essentielle pour toucher à la vérité d’un homme comme Luc, marqué par une douleur chronique, par une méfiance quasi constante envers les autres, teinté par un sentiment d’infériorité, comme on peut le percevoir dans ses interactions tendues. J’ai cherché à comprendre comment cette carapace s’est forgée, comment coexistent en lui cette capacité à la violence et cette humanité blessée, cette dualité d’être à la fois celui qui subit et celui qui fait subir. Et avec l’aide d’Annick, j’ai creusé chaque détail, chaque silence, chaque tension du regard.
Quand le film sortira, j’espère que Luc ne laissera personne indifférent. Moi, en tout cas, il m’a transformé.
Plateau de production virtuelle
Quelques photos de coulisses pour vous donner un petit aperçu du superbe studio de production virtuelle des studios MELS, à Montréal, où nous avons passé une journée complète à tourner la scène du train.

Le Barracuda décapotable 1967 rouge
Une représentation de la voiture que nous avons utilisée pour le tournage du film Ricochets! Merci Manuel et Louise pour ce prêt d'une valeur inestimable. La voiture elle-même est un personnage dans l'histoire.
D’autres projets auxquels j’ai participé

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RICOCHETS – Préparer un rôle qui laisse des traces
Il y a des rôles qu’on joue. Et il y en a d’autres qu’on porte. Luc, dans le film Ricochets de Mathieu Dodier, fait partie de ces personnages-là. Quand j’ai décroché le rôle, je savais que j’entrais dans une zone grise, trouble, exigeante. Ce que je ne savais pas encore, c’est à quel point Luc allait m’habiter longtemps.
Une fabrication en profondeur
Je crois profondément que les rôles difficiles exigent un travail honnête, lent, enraciné. Alors avant même de travailler mes scènes, j’ai construit un passé à Luc. Une biographie détaillée, fouillée, documentée, que j’ai écrite avec l’aide précieuse de ma douce partenaire, Annick Benoit.
Annick, qui est dramaturge avec une solide formation artistique et un oeil pour l’authenticité, a su me guider avec une intelligence du jeu et une sensibilité rare. Ensemble, on a creusé les blessures d’enfance de Luc, on a imaginé son environnement rural, son isolement, ses traumatismes familiaux. On a exploré la relation complexe à ce frère aîné, Matthieu, à la fois rival admiré et figure paternelle de substitution après la mort accidentelle du père – une disparition qui a non seulement plongé la famille dans la précarité, mais a aussi laissé Luc avec une blessure à la tête, une marque physique et invisible qui conditionnera tant de choses. On a remonté le fil de ses souvenirs (imaginés), de cette négligence maternelle ressentie, de ses relations brisées, de ses silences accumulés. On a cherché à comprendre ce qu’il tait – et pourquoi il le tait, pourquoi la simple accusation de mensonge peut faire surgir en lui une colère dévastatrice.
Mais Annick ne s’est pas arrêtée à la théorie. Elle m’a lancé des défis de jeu concrets. Elle m’a demandé, par exemple, d’incarner Luc dans une situation de la vie courante, hors scénario, pour voir comment il bougerait, parlerait, s’exprimerait. Elle a proposé un exercice où je devais imaginer Luc, lors d’un voyage unique à Montréal, invité par son frère dans un bar karaoké. Quel morceau chanterait-il pour se faire aimer, pour exister aux yeux de ce frère qu’il n’a jamais cessé d’admirer? Sans hésiter, j’ai répondu : Loadé comme un gun d’Éric Lapointe. Pourquoi celle-là? Parce qu’elle porte en elle cette douleur, cette envie viscérale et maladroite d’être reconnu, un peu comme cette force de taureau que nous avions identifiée en Luc, cette énergie sauvage prête à foncer, parfois sans mesurer les ricochets. Alors on l’a projetée sur l’écran du salon. J’ai mis Luc sur mes épaules. Et j’ai chanté. Pas pour faire rire, ni pour performer. J’ai chanté comme Luc aurait chanté : tendu, maladroit, mais habité par cette envie brûlante de se faire reconnaître.
Travailler avec Mathieu Dodier
Le réalisateur Mathieu Dodier m’a fait confiance dès le début. Et ce lien de confiance a été essentiel. J’ai senti qu’il voyait en Luc plus qu’un simple “personnage dérangeant” : il y voyait un humain complexe, à la fois victime et porteur d’espoir. Espoir de rédemption, espoir de guérison, de changement…
Nos échanges autour du film étaient riches. On ne parlait pas que de scènes ou de répliques – on parlait de ce que ça veut dire être un homme en région, vivre avec des douleurs invisibles, notamment celles liées à un traumatisme crânien et aux défis d’une réadaptation en milieu rural, rester derrière pendant que les autres partent. Mathieu avait une vision très claire, mais laissait beaucoup de place au travail intérieur de ses acteurs. Ce respect-là, pour un comédien, c’est inestimable.
Une œuvre de résonances
Ricochets est une oeuvre tendue, profondément humaine, où l’on explore ce qui reste quand tout a été érodé par le temps, la douleur, le silence. On y voit comment les traumatismes non résolus peuvent ricocher à travers une vie, comment les gestes et les mots manqués ont des conséquences qui se répercutent, parfois de manière destructrice.
Luc n’est pas un héros. Ni un méchant. Il est un homme comme il en existe partout au Québec : façonné par la ruralité, par le manque d’accès à l’aide, par une éducation où l’on apprend à endurer plutôt qu’à parler. Un homme qui porte les stigmates de ses blessures, visibles comme cette cicatrice au front, et invisibles.
Pourquoi je suis fier de ce rôle
Je suis fier d’avoir interprété Luc non pas pour sa violence, ni pour sa noirceur, mais pour ce qu’il dit de nous. De ceux qu’on oublie. De ceux qu’on juge trop vite. De ceux qui aimeraient simplement qu’on leur tende la main… mais qui ne savent plus comment demander.
J’ai mis beaucoup de moi dans ce personnage. J’y ai mis ma rigueur, mon instinct, ma vulnérabilité – cette dernière étant essentielle pour toucher à la vérité d’un homme comme Luc, marqué par une douleur chronique, par une méfiance quasi constante envers les autres, teinté par un sentiment d’infériorité, comme on peut le percevoir dans ses interactions tendues. J’ai cherché à comprendre comment cette carapace s’est forgée, comment coexistent en lui cette capacité à la violence et cette humanité blessée, cette dualité d’être à la fois celui qui subit et celui qui fait subir. Et avec l’aide d’Annick, j’ai creusé chaque détail, chaque silence, chaque tension du regard.
Quand le film sortira, j’espère que Luc ne laissera personne indifférent. Moi, en tout cas, il m’a transformé.

Le Barracuda décapotable 1967 rouge
Une représentation de la voiture que nous avons utilisée pour le tournage du film Ricochets! Merci Manuel et Louise pour ce prêt d'une valeur inestimable. La voiture elle-même est un personnage dans l'histoire.
















