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Retrouver la musique
J’ai participé au tournage du film Bye Bye Grandma, réalisé par Roula Ragheb en septembre 2023, dans le rôle de Michel, un contrebassiste de jazz qui, comme tant d’artistes, se retrouve devant un choix impossible : poursuivre le rêve qui l’habite depuis toujours ou mettre sa passion en veille pour assurer une vie stable à sa famille.
Ce thème m’a beaucoup parlé.
C’est une réalité qui dépasse largement le cinéma. Combien de musiciens, de comédiens, de danseurs ou d’écrivains acceptent un emploi qui leur permet de payer l’hypothèque en espérant qu’un jour, ils retrouveront enfin le temps de créer?
J’ai moi-même vécu cette situation. En 2009, j’ai choisi de mettre le métier d’acteur en veille afin de me consacrer à ma famille, avec l’espoir de pouvoir continuer à passer quelques auditions lorsque l’occasion se présenterait. Puis les années ont passé. Ce n’est que onze ans plus tard, au cœur de la pandémie, que j’ai véritablement recommencé à travailler des rôles et à auditionner régulièrement. Ironiquement, les auditions à distance sont venues faciliter ce retour… Mais ça, c’est une histoire pour un prochain article.
Lorsque j’ai repris le chemin des plateaux, j’ai rapidement réalisé que je n’avais jamais cessé d’être acteur. Pendant toutes ces années, j’avais continué à observer les gens, à imaginer des personnages et à raconter des histoires dans ma tête. J’avais simplement cessé d’exercer ce métier.
C’est sans doute ce qui m’a tant touché dans le personnage de Michel. Il n’a jamais cessé d’être musicien. Il a simplement cessé de jouer. Son identité est toujours là, enfouie sous les responsabilités du quotidien. Je crois que beaucoup d’artistes connaissent cette impression étrange de continuer à se définir intérieurement par leur art, alors que plus rien, dans leur quotidien, ne semble le refléter.
C’est précisément cette réalité que Roula voulait raconter. Dès nos premières discussions, on sentait à quel point ce projet lui tenait à cœur. Elle ne cherchait pas à opposer le rêve à la réalité, mais à montrer toute la complexité de devoir concilier les deux.
J’appréciais particulièrement le fait que son scénario refuse les solutions faciles. Michel ne voit pas soudainement tous ses problèmes disparaître. Le film ne prétend pas que poursuivre sa passion est simple ou sans conséquences. Il rappelle plutôt que la création peut parfois retrouver une place différente de celle qu’on avait imaginée.
La contrebasse n’est d’ailleurs jamais seulement qu’un instrument. Elle représente cette partie de Michel qu’il croit devoir abandonner pour devenir l’adulte responsable qu’il pense devoir être. Lorsqu’il s’en sépare, ce n’est pas uniquement un objet qu’il vend : c’est une partie de lui-même.
Ce qui me bouleverse encore aujourd’hui dans Bye Bye Grandma, c’est que Michel n’abandonne pas la musique à la suite d’un grand drame ou d’un échec spectaculaire. Il y renonce presque sans s’en rendre compte. Une facture à payer. Une journée de travail de plus. Un enfant à aller chercher. Une responsabilité qui paraît toujours plus urgente qu’une répétition. Les passions s’éloignent souvent ainsi : non pas dans un fracas, mais dans une succession de décisions parfaitement raisonnables qui, mises bout à bout, finissent par changer une vie.
Apprivoiser « Grandma »
Pour interpréter Michel, il ne suffisait évidemment pas d’avoir l’air de tenir une contrebasse. Il fallait donner l’impression que cet instrument faisait partie de lui depuis des années.
Dès que j’ai appris que j’avais obtenu le rôle, après l’audition, j’ai commencé à me préparer. Le scénario exigeait que Michel joue à la fois de la contrebasse et de la trompette. Même si j’avais fait une année de trompette dans le stage band de mon école secondaire, ça remontait à très loin. J’ai donc réussi à mettre la main sur une trompette afin de reprendre un peu la pratique.
J’avais cependant sous-estimé un détail important : la trompette est probablement l’un des instruments les moins compatibles avec la vie en appartement. Même avec une sourdine, il était difficile de répéter sans craindre de transformer mes voisins en public involontaire. Disons que mes progrès sont demeurés… très modestes. Malgré tout, ces quelques séances m’ont permis de retrouver certaines sensations et de réveiller une mémoire musculaire qui sommeillait depuis plusieurs décennies.
Pour la contrebasse, la situation était un peu différente. Je possède moi-même un violoncelle quatre-quarts qui, toutes proportions gardées, ressemble à une contrebasse en format réduit. J’ai donc commencé à travailler la gestuelle sur mon propre instrument sans archet, afin de développer des automatismes crédibles. Bien sûr, un violoncelliste amateur ne devient pas contrebassiste du jour au lendemain, mais cette préparation m’a permis d’acquérir une certaine aisance avant même d’avoir l’instrument entre les mains.
J’ai également passé beaucoup de temps à observer des contrebassistes professionnels. Leur posture, la position de la main gauche sur le manche, le poids du corps, la manière de respirer pendant qu’ils jouent… Tous ces petits détails passent souvent inaperçus du grand public, mais ils trahissent immédiatement un acteur lorsqu’ils ne sont pas justes.
Quelques jours avant le tournage, j’ai eu la chance d’avoir la contrebasse du film chez moi afin de répéter les gestes et la pièce musicale que Michel devait interpréter à l’écran. Au montage, mon jeu a ensuite été remplacé par l’interprétation de Sage Reynolds, qui signe toute la musique originale de Bye Bye Grandma. Sage a composé, produit et mixé l’ensemble des extraits musicaux du film. Il a également assuré presque toutes les interprétations, l’enregistrement et la programmation, avec une attention particulière portée à la contrebasse. La trompette a été jouée et enregistrée par Andy King.
La plupart des instruments échantillonnés utilisés dans le projet ont aussi été créés par Sage lui-même, notamment décrite comme Harmonic Flights, Tri-Timbral Flocks, Arco Marimba: Calm/Flux, Fireside et Dangerous Undertones.
Cela signifie que la musique du film ne se contente pas d’accompagner les images. Elle a été construite comme un véritable prolongement de l’univers de Michel, à partir de sons, de textures et d’instruments pensés spécialement pour le projet.
Voici l’un des extraits de cette musique originale :
Le titre Bye Bye Grandma fait d’ailleurs référence au surnom affectueux que plusieurs musiciens de jazz donnent à la contrebasse : « Grandma ». Une image toute simple, mais qui prend une résonance particulièrement touchante dans l’histoire. Au fond, Michel ne dit pas seulement au revoir à un instrument. Il dit au revoir à une partie de lui-même.
Un plateau bien orchestré
J’ai d’abord eu le plaisir de retrouver Louis-Philippe Desjardins, que j’avais rencontré quelques années auparavant sur le tournage de Fleur de peau, ainsi qu’Émilie Sauvage, qui interprétait ici l’ex-conjointe de Michel. C’est toujours agréable de recroiser des collègues dans un nouvel univers et de découvrir une autre facette de leur travail.
J’ai également fait la connaissance de Charlotte Cliche, qui incarnait ma fille à l’écran. Sa spontanéité apportait une grande authenticité aux scènes que nous partagions. Aïda Sabra, pour sa part, incarnait Laura, une ancienne grande comédienne de théâtre ayant perdu la voix. Plutôt que de renoncer à sa vocation, Laura a continué à nourrir sa passion à travers la pantomime et le théâtre corporel. Sa présence silencieuse devient peu à peu le catalyseur de la transformation de Michel.
J’aime particulièrement cette idée que le personnage qui aide un musicien à retrouver le goût de créer soit une artiste qui a elle-même dû réinventer sa manière de s’exprimer. Privée de sa voix, Laura a trouvé dans le geste une autre façon de raconter. Elle ne propose donc pas à Michel de retrouver exactement la vie artistique qu’il avait perdue. Elle lui montre plutôt qu’une passion peut survivre en changeant de forme. Comme si un art, après avoir appris à parler autrement, venait naturellement en réveiller un autre.
Au-delà des scènes elles-mêmes, ce tournage se distinguait par l’atmosphère profondément chaleureuse que Roula réussissait à créer autour d’elle. Malgré tout ce qu’elle devait gérer comme réalisatrice, scénariste, productrice et plus encore, elle demeurait attentive au bien-être de chacun.
Elle prenait soin de son équipe avec une générosité presque maternelle. Des plats préparés maison, des desserts et de petites attentions entre les prises : tout semblait pensé pour que chacun se sente accueilli, considéré et pleinement intégré au projet. Roula ne dirigeait pas seulement un film. Elle recevait presque toute l’équipe comme si elle nous ouvrait les portes de sa maison.
Cette attention donnait au plateau une ambiance véritablement familiale. Entre deux scènes, les enfants jouaient dans l’herbe, les membres de l’équipe se retrouvaient autour d’une table ou près du moniteur, et les échanges demeuraient simples, détendus et humains. Même lorsque les journées étaient bien remplies et que les scènes s’enchaînaient dans plusieurs lieux, tout avançait avec calme et efficacité.
Lorsqu’une production est aussi bien préparée, on le ressent immédiatement comme comédien. Chacun connaît son rôle, l’équipe travaille dans la même direction et l’on peut se concentrer sur l’essentiel : raconter l’histoire.
Les artisans derrière la caméra
Un film est souvent associé à sa réalisatrice ou à ses comédiens, mais chaque plan est en réalité le résultat d’une multitude de savoir-faire qui s’additionnent discrètement.
Roula portait évidemment le projet à bout de bras, mais elle a su s’entourer d’une équipe professionnelle et passionnée, capable de servir son histoire avec sensibilité.
À la caméra, Saad Abas donnait son regard au film tout en assurant la direction photo. Certaines séquences ont également été réalisées à la Steadicam par Franz Stapelberg, dont les mouvements fluides renforcent cette impression de proximité avec les personnages.
L’univers visuel reposait aussi sur le travail de Paul Fayad, responsable de la direction artistique et des décors, tandis que Stéphanie Morin aux costumes et Roselyne Zhang Du au maquillage et à la coiffure contribuaient à donner aux personnages une présence crédible et naturelle.
Le son, souvent invisible lorsqu’il est réussi, reposait sur le travail de François Tremblay à la prise de son, de Silas Goodman à la perche, puis de Roger Guerin au montage et au mixage sonore.
Roger mérite d’ailleurs une mention particulière. Ingénieur du son chevronné, membre de la CAS et de la MPSE, il possède une impressionnante feuille de route et a notamment participé à la production sonore des albums de la populaire émission jeunesse Passe-Partout. Après le tournage, nous nous sommes retrouvés dans son studio afin d’enregistrer quelques reprises de dialogues devenues nécessaires parce que le vent avait rendu certaines prises inutilisables. C’est toujours fascinant de constater à quel point une scène peut retrouver toute sa force grâce au travail patient accompli bien après que les caméras se sont éteintes.
Autour de ce noyau gravitaient d’autres artisans tout aussi essentiels : Yanis Kanoun à l’assistanat à la réalisation, Henri-Martin Fayad à l’assistance de production et aux décors, Jeanne TK à la photographie de plateau, Axelle Fayad aux accessoires et à la photographie, Hayat Ragheb à la régie, Francis Binet au montage en ligne et Pablo Perugorria à l’étalonnage.
Lorsqu’on regarde défiler un générique, on voit une succession de noms. Après avoir passé quelques jours sur un plateau, on comprend qu’il ne s’agit jamais d’une simple liste. C’est plutôt le portrait d’une équipe où chacun apporte une pièce indispensable à l’ensemble.
Le parcours du film
Après sa création, Bye Bye Grandma a fait un bout de chemin sur le circuit des festivals. Le film a notamment été retenu en sélection officielle du Brampton International Film Festival 2025, une belle reconnaissance pour toute l’équipe qui a porté ce projet avec passion.

Une histoire qui résonne encore
En repensant à Bye Bye Grandma, ce qui me revient le plus, ce n’est pas seulement le souvenir du tournage. C’est cette idée que les passions ne disparaissent jamais complètement.
Parfois, elles attendent simplement qu’on leur redonne un peu d’espace.
Et si ce film peut rappeler à quelques artistes qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre l’instrument qu’ils ont rangé au fond d’un placard, alors je crois que Roula aura atteint exactement ce qu’elle voulait raconter.
Fiche de tournage
Film : Bye Bye Grandma
Réalisation et scénario : Roula Ragheb
Production : Roula Ragheb
Direction photo et caméra : Saad Abas
Montage et mixage sonore : Roger Guerin
Musique originale et contrebasse : Sage Reynolds
Trompette : Andy King
Steadicam : Franz Stapelberg
Direction artistique et décors : Paul Fayad
Prise de son : François Tremblay
D’autres projets auxquels j’ai participé

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Retrouver la musique
J’ai participé au tournage du film Bye Bye Grandma, réalisé par Roula Ragheb en septembre 2023, dans le rôle de Michel, un contrebassiste de jazz qui, comme tant d’artistes, se retrouve devant un choix impossible : poursuivre le rêve qui l’habite depuis toujours ou mettre sa passion en veille pour assurer une vie stable à sa famille.
Ce thème m’a beaucoup parlé.
C’est une réalité qui dépasse largement le cinéma. Combien de musiciens, de comédiens, de danseurs ou d’écrivains acceptent un emploi qui leur permet de payer l’hypothèque en espérant qu’un jour, ils retrouveront enfin le temps de créer?
J’ai moi-même vécu cette situation. En 2009, j’ai choisi de mettre le métier d’acteur en veille afin de me consacrer à ma famille, avec l’espoir de pouvoir continuer à passer quelques auditions lorsque l’occasion se présenterait. Puis les années ont passé. Ce n’est que onze ans plus tard, au cœur de la pandémie, que j’ai véritablement recommencé à travailler des rôles et à auditionner régulièrement. Ironiquement, les auditions à distance sont venues faciliter ce retour… Mais ça, c’est une histoire pour un prochain article.
Lorsque j’ai repris le chemin des plateaux, j’ai rapidement réalisé que je n’avais jamais cessé d’être acteur. Pendant toutes ces années, j’avais continué à observer les gens, à imaginer des personnages et à raconter des histoires dans ma tête. J’avais simplement cessé d’exercer ce métier.
C’est sans doute ce qui m’a tant touché dans le personnage de Michel. Il n’a jamais cessé d’être musicien. Il a simplement cessé de jouer. Son identité est toujours là, enfouie sous les responsabilités du quotidien. Je crois que beaucoup d’artistes connaissent cette impression étrange de continuer à se définir intérieurement par leur art, alors que plus rien, dans leur quotidien, ne semble le refléter.
C’est précisément cette réalité que Roula voulait raconter. Dès nos premières discussions, on sentait à quel point ce projet lui tenait à cœur. Elle ne cherchait pas à opposer le rêve à la réalité, mais à montrer toute la complexité de devoir concilier les deux.
J’appréciais particulièrement le fait que son scénario refuse les solutions faciles. Michel ne voit pas soudainement tous ses problèmes disparaître. Le film ne prétend pas que poursuivre sa passion est simple ou sans conséquences. Il rappelle plutôt que la création peut parfois retrouver une place différente de celle qu’on avait imaginée.
La contrebasse n’est d’ailleurs jamais seulement qu’un instrument. Elle représente cette partie de Michel qu’il croit devoir abandonner pour devenir l’adulte responsable qu’il pense devoir être. Lorsqu’il s’en sépare, ce n’est pas uniquement un objet qu’il vend : c’est une partie de lui-même.
Ce qui me bouleverse encore aujourd’hui dans Bye Bye Grandma, c’est que Michel n’abandonne pas la musique à la suite d’un grand drame ou d’un échec spectaculaire. Il y renonce presque sans s’en rendre compte. Une facture à payer. Une journée de travail de plus. Un enfant à aller chercher. Une responsabilité qui paraît toujours plus urgente qu’une répétition. Les passions s’éloignent souvent ainsi : non pas dans un fracas, mais dans une succession de décisions parfaitement raisonnables qui, mises bout à bout, finissent par changer une vie.
Apprivoiser « Grandma »
Pour interpréter Michel, il ne suffisait évidemment pas d’avoir l’air de tenir une contrebasse. Il fallait donner l’impression que cet instrument faisait partie de lui depuis des années.
Dès que j’ai appris que j’avais obtenu le rôle, après l’audition, j’ai commencé à me préparer. Le scénario exigeait que Michel joue à la fois de la contrebasse et de la trompette. Même si j’avais fait une année de trompette dans le stage band de mon école secondaire, ça remontait à très loin. J’ai donc réussi à mettre la main sur une trompette afin de reprendre un peu la pratique.
J’avais cependant sous-estimé un détail important : la trompette est probablement l’un des instruments les moins compatibles avec la vie en appartement. Même avec une sourdine, il était difficile de répéter sans craindre de transformer mes voisins en public involontaire. Disons que mes progrès sont demeurés… très modestes. Malgré tout, ces quelques séances m’ont permis de retrouver certaines sensations et de réveiller une mémoire musculaire qui sommeillait depuis plusieurs décennies.
Pour la contrebasse, la situation était un peu différente. Je possède moi-même un violoncelle quatre-quarts qui, toutes proportions gardées, ressemble à une contrebasse en format réduit. J’ai donc commencé à travailler la gestuelle sur mon propre instrument sans archet, afin de développer des automatismes crédibles. Bien sûr, un violoncelliste amateur ne devient pas contrebassiste du jour au lendemain, mais cette préparation m’a permis d’acquérir une certaine aisance avant même d’avoir l’instrument entre les mains.
J’ai également passé beaucoup de temps à observer des contrebassistes professionnels. Leur posture, la position de la main gauche sur le manche, le poids du corps, la manière de respirer pendant qu’ils jouent… Tous ces petits détails passent souvent inaperçus du grand public, mais ils trahissent immédiatement un acteur lorsqu’ils ne sont pas justes.
Quelques jours avant le tournage, j’ai eu la chance d’avoir la contrebasse du film chez moi afin de répéter les gestes et la pièce musicale que Michel devait interpréter à l’écran. Au montage, mon jeu a ensuite été remplacé par l’interprétation de Sage Reynolds, qui signe toute la musique originale de Bye Bye Grandma. Sage a composé, produit et mixé l’ensemble des extraits musicaux du film. Il a également assuré presque toutes les interprétations, l’enregistrement et la programmation, avec une attention particulière portée à la contrebasse. La trompette a été jouée et enregistrée par Andy King.
La plupart des instruments échantillonnés utilisés dans le projet ont aussi été créés par Sage lui-même, notamment décrite comme Harmonic Flights, Tri-Timbral Flocks, Arco Marimba: Calm/Flux, Fireside et Dangerous Undertones.
Cela signifie que la musique du film ne se contente pas d’accompagner les images. Elle a été construite comme un véritable prolongement de l’univers de Michel, à partir de sons, de textures et d’instruments pensés spécialement pour le projet.
Voici l’un des extraits de cette musique originale :
Le titre Bye Bye Grandma fait d’ailleurs référence au surnom affectueux que plusieurs musiciens de jazz donnent à la contrebasse : « Grandma ». Une image toute simple, mais qui prend une résonance particulièrement touchante dans l’histoire. Au fond, Michel ne dit pas seulement au revoir à un instrument. Il dit au revoir à une partie de lui-même.
Un plateau bien orchestré
J’ai d’abord eu le plaisir de retrouver Louis-Philippe Desjardins, que j’avais rencontré quelques années auparavant sur le tournage de Fleur de peau, ainsi qu’Émilie Sauvage, qui interprétait ici l’ex-conjointe de Michel. C’est toujours agréable de recroiser des collègues dans un nouvel univers et de découvrir une autre facette de leur travail.
J’ai également fait la connaissance de Charlotte Cliche, qui incarnait ma fille à l’écran. Sa spontanéité apportait une grande authenticité aux scènes que nous partagions. Aïda Sabra, pour sa part, incarnait Laura, une ancienne grande comédienne de théâtre ayant perdu la voix. Plutôt que de renoncer à sa vocation, Laura a continué à nourrir sa passion à travers la pantomime et le théâtre corporel. Sa présence silencieuse devient peu à peu le catalyseur de la transformation de Michel.
J’aime particulièrement cette idée que le personnage qui aide un musicien à retrouver le goût de créer soit une artiste qui a elle-même dû réinventer sa manière de s’exprimer. Privée de sa voix, Laura a trouvé dans le geste une autre façon de raconter. Elle ne propose donc pas à Michel de retrouver exactement la vie artistique qu’il avait perdue. Elle lui montre plutôt qu’une passion peut survivre en changeant de forme. Comme si un art, après avoir appris à parler autrement, venait naturellement en réveiller un autre.
Au-delà des scènes elles-mêmes, ce tournage se distinguait par l’atmosphère profondément chaleureuse que Roula réussissait à créer autour d’elle. Malgré tout ce qu’elle devait gérer comme réalisatrice, scénariste, productrice et plus encore, elle demeurait attentive au bien-être de chacun.
Elle prenait soin de son équipe avec une générosité presque maternelle. Des plats préparés maison, des desserts et de petites attentions entre les prises : tout semblait pensé pour que chacun se sente accueilli, considéré et pleinement intégré au projet. Roula ne dirigeait pas seulement un film. Elle recevait presque toute l’équipe comme si elle nous ouvrait les portes de sa maison.
Cette attention donnait au plateau une ambiance véritablement familiale. Entre deux scènes, les enfants jouaient dans l’herbe, les membres de l’équipe se retrouvaient autour d’une table ou près du moniteur, et les échanges demeuraient simples, détendus et humains. Même lorsque les journées étaient bien remplies et que les scènes s’enchaînaient dans plusieurs lieux, tout avançait avec calme et efficacité.
Lorsqu’une production est aussi bien préparée, on le ressent immédiatement comme comédien. Chacun connaît son rôle, l’équipe travaille dans la même direction et l’on peut se concentrer sur l’essentiel : raconter l’histoire.
Les artisans derrière la caméra
Un film est souvent associé à sa réalisatrice ou à ses comédiens, mais chaque plan est en réalité le résultat d’une multitude de savoir-faire qui s’additionnent discrètement.
Roula portait évidemment le projet à bout de bras, mais elle a su s’entourer d’une équipe professionnelle et passionnée, capable de servir son histoire avec sensibilité.
À la caméra, Saad Abas donnait son regard au film tout en assurant la direction photo. Certaines séquences ont également été réalisées à la Steadicam par Franz Stapelberg, dont les mouvements fluides renforcent cette impression de proximité avec les personnages.
L’univers visuel reposait aussi sur le travail de Paul Fayad, responsable de la direction artistique et des décors, tandis que Stéphanie Morin aux costumes et Roselyne Zhang Du au maquillage et à la coiffure contribuaient à donner aux personnages une présence crédible et naturelle.
Le son, souvent invisible lorsqu’il est réussi, reposait sur le travail de François Tremblay à la prise de son, de Silas Goodman à la perche, puis de Roger Guerin au montage et au mixage sonore.
Roger mérite d’ailleurs une mention particulière. Ingénieur du son chevronné, membre de la CAS et de la MPSE, il possède une impressionnante feuille de route et a notamment participé à la production sonore des albums de la populaire émission jeunesse Passe-Partout. Après le tournage, nous nous sommes retrouvés dans son studio afin d’enregistrer quelques reprises de dialogues devenues nécessaires parce que le vent avait rendu certaines prises inutilisables. C’est toujours fascinant de constater à quel point une scène peut retrouver toute sa force grâce au travail patient accompli bien après que les caméras se sont éteintes.
Autour de ce noyau gravitaient d’autres artisans tout aussi essentiels : Yanis Kanoun à l’assistanat à la réalisation, Henri-Martin Fayad à l’assistance de production et aux décors, Jeanne TK à la photographie de plateau, Axelle Fayad aux accessoires et à la photographie, Hayat Ragheb à la régie, Francis Binet au montage en ligne et Pablo Perugorria à l’étalonnage.
Lorsqu’on regarde défiler un générique, on voit une succession de noms. Après avoir passé quelques jours sur un plateau, on comprend qu’il ne s’agit jamais d’une simple liste. C’est plutôt le portrait d’une équipe où chacun apporte une pièce indispensable à l’ensemble.
Le parcours du film
Après sa création, Bye Bye Grandma a fait un bout de chemin sur le circuit des festivals. Le film a notamment été retenu en sélection officielle du Brampton International Film Festival 2025, une belle reconnaissance pour toute l’équipe qui a porté ce projet avec passion.

Une histoire qui résonne encore
En repensant à Bye Bye Grandma, ce qui me revient le plus, ce n’est pas seulement le souvenir du tournage. C’est cette idée que les passions ne disparaissent jamais complètement.
Parfois, elles attendent simplement qu’on leur redonne un peu d’espace.
Et si ce film peut rappeler à quelques artistes qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre l’instrument qu’ils ont rangé au fond d’un placard, alors je crois que Roula aura atteint exactement ce qu’elle voulait raconter.
Fiche de tournage
Film : Bye Bye Grandma
Réalisation et scénario : Roula Ragheb
Production : Roula Ragheb
Direction photo et caméra : Saad Abas
Montage et mixage sonore : Roger Guerin
Musique originale et contrebasse : Sage Reynolds
Trompette : Andy King
Steadicam : Franz Stapelberg
Direction artistique et décors : Paul Fayad
Prise de son : François Tremblay



















