Suivez moi sur les réseaux sociaux

Prêter son visage n’est jamais tout à fait neutre

En mars 2022, j’ai participé au tournage de In the Name of Clericalism, un court métrage principalement tourné à Montréal, en anglais et en italien, sous la direction de Joshua Oliver pour Red Jay. J’y incarnais le père Virginio Rotondi, un jésuite ayant évolué dans l’entourage du Vatican.

Quand un rôle participe aussi à une démarche d’artivisme

Le projet revenait sur l’affaire Roberto Calvi, le banquier italien surnommé « le banquier de Dieu », dont la mort à Londres, en juin 1982, demeure associée dans l’imaginaire collectif à un réseau complexe mêlant la Banco Ambrosiano, la Banque du Vatican, la loge maçonnique Propaganda Due et le crime organisé.

In the Name of Clericalism ne cherchait pas à traiter cette histoire comme un simple mystère historique. Le film s’inscrivait ouvertement dans une démarche artistique et activiste dénonçant le pouvoir institutionnel, l’opacité et l’absence de reddition de comptes.

Dès ma première rencontre avec Joshua, la nature du projet était claire. Je savais que je ne participais pas à une fiction conçue uniquement pour divertir. Le film devait devenir une composante d’une action plus large et porter un message assumé.

C’est précisément ce qui rendait l’expérience intéressante.

Le projet relevait de ce qu’on appelle l’artivisme, un mot-valise formé d’« art » et d’« activisme ». Il désigne une démarche dans laquelle la création artistique ne se contente pas de représenter un enjeu social ou politique, mais devient elle-même un moyen d’intervention, de contestation et de sensibilisation.

Un film qui devait sortir de l’écran

Le 18 juin 2022, quarante ans après la mort de Roberto Calvi, Joshua a transporté le projet jusque sur le pont Blackfriars, à Londres, dans le cadre d’une installation d’artivisme. Un mannequin représentant Calvi a été suspendu au pont, tandis que de faux chèques de la Banque du Vatican étaient dispersés sur les lieux. L’endroit n’avait évidemment pas été choisi au hasard. C’est sous ce même pont que le corps de Roberto Calvi avait été retrouvé en 1982.

Notre tournage montréalais n’était donc pas une œuvre isolée destinée à simplement apparaître sur une plateforme ou à circuler dans quelques festivals. Il constituait l’une des pièces d’une action publique destinée à provoquer une réaction, à raviver une mémoire et à poser des questions sur des événements dont plusieurs zones d’ombre demeurent encore aujourd’hui.

Le film, le mannequin, le lieu et la date anniversaire formaient une seule œuvre. C’est précisément là que l’artivisme se distingue d’un film engagé plus traditionnel. L’œuvre ne demeure pas confinée à l’écran. Elle entre dans l’espace public et devient elle-même une action. Nos costumes, nos gestes, nos visages et nos voix devenaient ainsi les instruments d’un discours qui allait être transporté bien au-delà du plateau. Cela change forcément la nature de la participation d’un acteur.

Jouer n’est pas toujours signer

Un comédien peut incarner un criminel sans approuver ses gestes, un politicien sans partager ses convictions ou un personnage détestable sans défendre sa vision du monde. Cette distinction est essentielle. Notre métier consiste justement à entrer dans des réalités qui ne sont pas nécessairement les nôtres. Jouer un personnage n’équivaut donc pas automatiquement à l’endosser.

Cependant, lorsque la fiction fait partie d’une démarche militante, la frontière devient plus subtile. Le personnage demeure un personnage, mais l’œuvre, elle, défend directement une idée. Notre présence contribue alors à donner une forme, une crédibilité et une force émotionnelle à cette idée. Notre visage ne sert plus seulement à raconter l’histoire. Il participe à l’argument.

Je ne crois pas que cela devrait nous empêcher d’accepter ce genre de projets. Au contraire, l’art a toujours été une manière de questionner les institutions, de remuer ce qui semblait immuable et de forcer certaines conversations à avoir lieu. Une œuvre engagée peut être passionnante à jouer précisément parce qu’elle ne cherche pas à être inoffensive. Mais il faut savoir dans quoi nous entrons.

Tourner dans une autre langue

Le fait de jouer en italien ajoutait une responsabilité particulière. Je connaissais déjà un peu cette langue, que j’avais étudiée et pratiquée pendant un peu plus d’un an. Je n’abordais donc pas les dialogues comme une simple succession de sons à reproduire. Cette base me permettait de mieux comprendre la structure des phrases, leurs intentions et certaines nuances, même si le travail demandait évidemment beaucoup de préparation.

Lorsqu’on travaille dans une langue que l’on maîtrise moins bien que sa langue maternelle, on pourrait être tenté de se concentrer principalement sur la prononciation, le rythme et la mémorisation phonétique. Pourtant, les mots ne deviennent pas plus neutres simplement parce qu’ils nous sont moins familiers. Il faut comprendre ce que l’on dit, pourquoi le personnage le dit et comment ces paroles s’inscrivent dans le propos général de l’œuvre. Une phrase apprise uniquement comme une suite de sons peut tout de même voyager, être sous-titrée, extraite de son contexte et entendue par des milliers de personnes.

Dans une œuvre d’artivisme, cette responsabilité prend encore davantage d’importance. Les paroles ne servent pas uniquement la scène. Elles deviennent une partie du message public auquel notre voix sera associée. Dans ce cas-ci, je connaissais la démarche de Joshua et je comprenais la fonction du film. Le tournage en italien n’était pas une manière de dissimuler le propos, mais plutôt de donner une cohérence culturelle et historique aux personnages représentés. Cette expérience m’a néanmoins rappelé qu’un acteur ne devrait jamais prêter sa voix à des mots qu’il n’a pas pris la peine de comprendre.

Ce qui nous échappe après le tournage

Sur un plateau traditionnel, nous savons déjà que le contrôle de l’acteur s’arrête assez rapidement. Nous livrons nos scènes, puis le montage choisit les prises, modifie le rythme, élimine certaines nuances et replace parfois une réaction dans un contexte légèrement différent. C’est une réalité normale du cinéma.

Dans une œuvre activiste, une autre dimension s’ajoute. Le film peut devenir une pièce d’installation, un outil de campagne, une publication virale, un extrait médiatique ou le point de départ d’une action publique. Il peut être projeté dans un environnement que l’acteur n’a jamais vu et susciter des interprétations qu’il n’avait pas imaginées. Cela ne signifie pas que le créateur agit nécessairement de mauvaise foi. Une œuvre vivante échappe toujours un peu à ceux qui l’ont fabriquée. Mais avant d’accepter un projet fortement engagé, il vaut la peine de poser certaines questions. Quel message l’œuvre souhaite-t-elle défendre? Où sera-t-elle présentée? À quelles autres actions sera-t-elle associée? Mon image risque-t-elle d’être utilisée séparément du film? Suis-je suffisamment en accord avec la démarche pour accepter que mon visage y demeure rattaché plusieurs années plus tard? Ces questions ne sont pas une preuve de méfiance. Elles font simplement partie du travail qui devrait être fait en amont.

La responsabilité ne repose pas uniquement sur l’acteur

Je ne souhaite pas non plus faire porter aux comédiens toute la responsabilité morale d’une production. Un acteur dispose parfois de peu d’informations, surtout lorsqu’il s’agit d’une courte apparition. Les scénarios peuvent évoluer, la stratégie de diffusion peut changer et personne ne peut prévoir toutes les réactions qu’une œuvre provoquera. La production, la réalisation et les artistes qui portent la démarche ont également la responsabilité d’expliquer clairement leurs intentions. Mais de notre côté, nous avons le droit, et parfois le devoir, de nous informer. Lire le scénario au complet lorsque c’est possible. Chercher à comprendre le contexte. Poser des questions qui dépassent notre seule scène. Ne pas considérer que notre travail commence à « Action! » et se termine à « Coupez! ». Parce qu’une fois l’image enregistrée, elle peut voyager sans nous.

Choisir à quoi l’on prête sa voix

Je demeure heureux d’avoir participé à In the Name of Clericalism. Le projet était singulier, audacieux et très différent des tournages auxquels j’avais participé jusque-là. Je savais qu’il ne s’agissait pas uniquement d’un film, mais d’une démarche d’artivisme destinée à se prolonger dans l’espace public, et j’ai accepté d’y prendre part en connaissance de cause.

Cette expérience m’a surtout amené à réfléchir plus profondément à ce que représente notre présence dans une œuvre, particulièrement lorsque l’art et l’activisme se rencontrent. Dans ce contexte, notre performance ne contribue pas seulement à une histoire. Elle devient aussi l’un des matériaux d’une prise de position.

Nous parlons souvent des projets comme de simples occasions professionnelles : une journée de tournage, un rôle supplémentaire au CV, quelques scènes pour la démo. Pourtant, une performance ne se résume pas toujours au temps passé devant la caméra. Parfois, elle devient un témoignage. Parfois, elle devient un symbole. Parfois, elle contribue à une accusation, à une revendication ou à une tentative de faire bouger une institution.

Un acteur n’a pas besoin d’être parfaitement d’accord avec chaque phrase, chaque interprétation historique ou chaque choix artistique d’un projet. Exiger une concordance absolue rendrait probablement notre métier impossible. Mais nous devrions au moins être capables de reconnaître la direction dans laquelle l’œuvre avance. Car prêter son visage n’est jamais tout à fait neutre.

Et lorsqu’un film souhaite parler plus fort que les autres, il vaut mieux savoir exactement à quoi nous choisissons de donner une voix.

Fiche de tournage

Film : In the Name of Clericalism
Rôle : Père Virginio Rotondi
Réalisation : Joshua Oliver
Production : Red Jay
Année : 2022
Langues : italien et anglais
Lieu principal de tournage : Montréal
Durée : environ six minutes

Les retombées de l’intervention

L’action menée sur le pont Blackfriars a rapidement trouvé un écho dans les médias britanniques. Le jour même, un communiqué accompagné d’images et de vidéos a été diffusé par Pressat. Deux jours plus tard, le journal londonien Southwark News consacrait un article à l’installation, tandis que Dakota Digital en reprenait l’histoire, en établissant clairement le lien entre l’intervention, l’affaire Roberto Calvi et notre film. Ces publications ont permis à l’œuvre de prolonger son passage dans l’espace public et d’inscrire durablement la démarche d’artivisme de Red Jay dans la mémoire médiatique de l’événement.

D’autres projets auxquels j’ai participé

Photo prise sur le plateau du film In the name of clericalism. Martin Blais dans le rôle de Padre Virginio Rotondi, accompagné de Rocko Paolo dans le rôle du Bishop and Fabrizio Megali dans le role du businessman)

Suivez moi sur les réseaux sociaux

Prêter son visage n’est jamais tout à fait neutre

En mars 2022, j’ai participé au tournage de In the Name of Clericalism, un court métrage principalement tourné à Montréal, en anglais et en italien, sous la direction de Joshua Oliver pour Red Jay. J’y incarnais le père Virginio Rotondi, un jésuite ayant évolué dans l’entourage du Vatican.

Quand un rôle participe aussi à une démarche d’artivisme

Le projet revenait sur l’affaire Roberto Calvi, le banquier italien surnommé « le banquier de Dieu », dont la mort à Londres, en juin 1982, demeure associée dans l’imaginaire collectif à un réseau complexe mêlant la Banco Ambrosiano, la Banque du Vatican, la loge maçonnique Propaganda Due et le crime organisé.

In the Name of Clericalism ne cherchait pas à traiter cette histoire comme un simple mystère historique. Le film s’inscrivait ouvertement dans une démarche artistique et activiste dénonçant le pouvoir institutionnel, l’opacité et l’absence de reddition de comptes.

Dès ma première rencontre avec Joshua, la nature du projet était claire. Je savais que je ne participais pas à une fiction conçue uniquement pour divertir. Le film devait devenir une composante d’une action plus large et porter un message assumé.

C’est précisément ce qui rendait l’expérience intéressante.

Le projet relevait de ce qu’on appelle l’artivisme, un mot-valise formé d’« art » et d’« activisme ». Il désigne une démarche dans laquelle la création artistique ne se contente pas de représenter un enjeu social ou politique, mais devient elle-même un moyen d’intervention, de contestation et de sensibilisation.

Un film qui devait sortir de l’écran

Le 18 juin 2022, quarante ans après la mort de Roberto Calvi, Joshua a transporté le projet jusque sur le pont Blackfriars, à Londres, dans le cadre d’une installation d’artivisme. Un mannequin représentant Calvi a été suspendu au pont, tandis que de faux chèques de la Banque du Vatican étaient dispersés sur les lieux. L’endroit n’avait évidemment pas été choisi au hasard. C’est sous ce même pont que le corps de Roberto Calvi avait été retrouvé en 1982.

Notre tournage montréalais n’était donc pas une œuvre isolée destinée à simplement apparaître sur une plateforme ou à circuler dans quelques festivals. Il constituait l’une des pièces d’une action publique destinée à provoquer une réaction, à raviver une mémoire et à poser des questions sur des événements dont plusieurs zones d’ombre demeurent encore aujourd’hui.

Le film, le mannequin, le lieu et la date anniversaire formaient une seule œuvre. C’est précisément là que l’artivisme se distingue d’un film engagé plus traditionnel. L’œuvre ne demeure pas confinée à l’écran. Elle entre dans l’espace public et devient elle-même une action. Nos costumes, nos gestes, nos visages et nos voix devenaient ainsi les instruments d’un discours qui allait être transporté bien au-delà du plateau. Cela change forcément la nature de la participation d’un acteur.

Jouer n’est pas toujours signer

Un comédien peut incarner un criminel sans approuver ses gestes, un politicien sans partager ses convictions ou un personnage détestable sans défendre sa vision du monde. Cette distinction est essentielle. Notre métier consiste justement à entrer dans des réalités qui ne sont pas nécessairement les nôtres. Jouer un personnage n’équivaut donc pas automatiquement à l’endosser.

Cependant, lorsque la fiction fait partie d’une démarche militante, la frontière devient plus subtile. Le personnage demeure un personnage, mais l’œuvre, elle, défend directement une idée. Notre présence contribue alors à donner une forme, une crédibilité et une force émotionnelle à cette idée. Notre visage ne sert plus seulement à raconter l’histoire. Il participe à l’argument.

Je ne crois pas que cela devrait nous empêcher d’accepter ce genre de projets. Au contraire, l’art a toujours été une manière de questionner les institutions, de remuer ce qui semblait immuable et de forcer certaines conversations à avoir lieu. Une œuvre engagée peut être passionnante à jouer précisément parce qu’elle ne cherche pas à être inoffensive. Mais il faut savoir dans quoi nous entrons.

Tourner dans une autre langue

Le fait de jouer en italien ajoutait une responsabilité particulière. Je connaissais déjà un peu cette langue, que j’avais étudiée et pratiquée pendant un peu plus d’un an. Je n’abordais donc pas les dialogues comme une simple succession de sons à reproduire. Cette base me permettait de mieux comprendre la structure des phrases, leurs intentions et certaines nuances, même si le travail demandait évidemment beaucoup de préparation.

Lorsqu’on travaille dans une langue que l’on maîtrise moins bien que sa langue maternelle, on pourrait être tenté de se concentrer principalement sur la prononciation, le rythme et la mémorisation phonétique. Pourtant, les mots ne deviennent pas plus neutres simplement parce qu’ils nous sont moins familiers. Il faut comprendre ce que l’on dit, pourquoi le personnage le dit et comment ces paroles s’inscrivent dans le propos général de l’œuvre. Une phrase apprise uniquement comme une suite de sons peut tout de même voyager, être sous-titrée, extraite de son contexte et entendue par des milliers de personnes.

Dans une œuvre d’artivisme, cette responsabilité prend encore davantage d’importance. Les paroles ne servent pas uniquement la scène. Elles deviennent une partie du message public auquel notre voix sera associée. Dans ce cas-ci, je connaissais la démarche de Joshua et je comprenais la fonction du film. Le tournage en italien n’était pas une manière de dissimuler le propos, mais plutôt de donner une cohérence culturelle et historique aux personnages représentés. Cette expérience m’a néanmoins rappelé qu’un acteur ne devrait jamais prêter sa voix à des mots qu’il n’a pas pris la peine de comprendre.

Ce qui nous échappe après le tournage

Sur un plateau traditionnel, nous savons déjà que le contrôle de l’acteur s’arrête assez rapidement. Nous livrons nos scènes, puis le montage choisit les prises, modifie le rythme, élimine certaines nuances et replace parfois une réaction dans un contexte légèrement différent. C’est une réalité normale du cinéma.

Dans une œuvre activiste, une autre dimension s’ajoute. Le film peut devenir une pièce d’installation, un outil de campagne, une publication virale, un extrait médiatique ou le point de départ d’une action publique. Il peut être projeté dans un environnement que l’acteur n’a jamais vu et susciter des interprétations qu’il n’avait pas imaginées. Cela ne signifie pas que le créateur agit nécessairement de mauvaise foi. Une œuvre vivante échappe toujours un peu à ceux qui l’ont fabriquée. Mais avant d’accepter un projet fortement engagé, il vaut la peine de poser certaines questions. Quel message l’œuvre souhaite-t-elle défendre? Où sera-t-elle présentée? À quelles autres actions sera-t-elle associée? Mon image risque-t-elle d’être utilisée séparément du film? Suis-je suffisamment en accord avec la démarche pour accepter que mon visage y demeure rattaché plusieurs années plus tard? Ces questions ne sont pas une preuve de méfiance. Elles font simplement partie du travail qui devrait être fait en amont.

La responsabilité ne repose pas uniquement sur l’acteur

Je ne souhaite pas non plus faire porter aux comédiens toute la responsabilité morale d’une production. Un acteur dispose parfois de peu d’informations, surtout lorsqu’il s’agit d’une courte apparition. Les scénarios peuvent évoluer, la stratégie de diffusion peut changer et personne ne peut prévoir toutes les réactions qu’une œuvre provoquera. La production, la réalisation et les artistes qui portent la démarche ont également la responsabilité d’expliquer clairement leurs intentions. Mais de notre côté, nous avons le droit, et parfois le devoir, de nous informer. Lire le scénario au complet lorsque c’est possible. Chercher à comprendre le contexte. Poser des questions qui dépassent notre seule scène. Ne pas considérer que notre travail commence à « Action! » et se termine à « Coupez! ». Parce qu’une fois l’image enregistrée, elle peut voyager sans nous.

Choisir à quoi l’on prête sa voix

Je demeure heureux d’avoir participé à In the Name of Clericalism. Le projet était singulier, audacieux et très différent des tournages auxquels j’avais participé jusque-là. Je savais qu’il ne s’agissait pas uniquement d’un film, mais d’une démarche d’artivisme destinée à se prolonger dans l’espace public, et j’ai accepté d’y prendre part en connaissance de cause.

Cette expérience m’a surtout amené à réfléchir plus profondément à ce que représente notre présence dans une œuvre, particulièrement lorsque l’art et l’activisme se rencontrent. Dans ce contexte, notre performance ne contribue pas seulement à une histoire. Elle devient aussi l’un des matériaux d’une prise de position.

Nous parlons souvent des projets comme de simples occasions professionnelles : une journée de tournage, un rôle supplémentaire au CV, quelques scènes pour la démo. Pourtant, une performance ne se résume pas toujours au temps passé devant la caméra. Parfois, elle devient un témoignage. Parfois, elle devient un symbole. Parfois, elle contribue à une accusation, à une revendication ou à une tentative de faire bouger une institution.

Un acteur n’a pas besoin d’être parfaitement d’accord avec chaque phrase, chaque interprétation historique ou chaque choix artistique d’un projet. Exiger une concordance absolue rendrait probablement notre métier impossible. Mais nous devrions au moins être capables de reconnaître la direction dans laquelle l’œuvre avance. Car prêter son visage n’est jamais tout à fait neutre.

Et lorsqu’un film souhaite parler plus fort que les autres, il vaut mieux savoir exactement à quoi nous choisissons de donner une voix.

Fiche de tournage

Film : In the Name of Clericalism
Rôle : Père Virginio Rotondi
Réalisation : Joshua Oliver
Production : Red Jay
Année : 2022
Langues : italien et anglais
Lieu principal de tournage : Montréal
Durée : environ six minutes

Les retombées de l’intervention

L’action menée sur le pont Blackfriars a rapidement trouvé un écho dans les médias britanniques. Le jour même, un communiqué accompagné d’images et de vidéos a été diffusé par Pressat. Deux jours plus tard, le journal londonien Southwark News consacrait un article à l’installation, tandis que Dakota Digital en reprenait l’histoire, en établissant clairement le lien entre l’intervention, l’affaire Roberto Calvi et notre film. Ces publications ont permis à l’œuvre de prolonger son passage dans l’espace public et d’inscrire durablement la démarche d’artivisme de Red Jay dans la mémoire médiatique de l’événement.

D’autres projets auxquels j’ai participé

2026-08-06T21:48:16+00:00
Go to Top