Article 6 : Définir votre « type » d’acteur : votre boussole pour les rôles au Canada

By Published On: août 1st, 2025
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Dans l’article précédent, nous avons parlé d’équilibre : le talent, la stratégie et le bien-être comme trois forces qui doivent avancer ensemble. Nous entrons maintenant dans la partie la plus concrète de cette série : bâtir notre fondation professionnelle.

Et il y a une question que beaucoup d’interprètes préfèrent éviter : quel est mon type?

Le mot peut déranger. Il donne l’impression qu’on cherche à nous mettre dans une boîte. Pourtant, comprendre comment l’industrie nous perçoit n’a rien à voir avec accepter une limite. C’est simplement apprendre à lire le marché avec un peu plus de lucidité.

Votre type n’est pas votre identité

Votre type n’est pas « qui vous êtes ». C’est la première hypothèse que quelqu’un peut faire à votre sujet avant même de vous entendre jouer.

En quelques secondes, un directeur de casting peut imaginer : avocat, policier, père de famille, professeur, criminel, médecin, cadre, voisin rassurant. Cette lecture repose évidemment sur l’apparence, mais aussi sur la voix, la posture, l’âge apparent, le regard, l’énergie et la façon dont vous occupez l’espace.

J’ai moi-même constaté, au fil des auditions, que certaines familles de rôles revenaient plus souvent que d’autres. On peut vouloir se voir comme extrêmement polyvalent. Je crois sincèrement que la formation permet d’élargir énormément notre jeu, mais le marché, lui, commence souvent par quelques portes d’entrée très précises. Les reconnaître m’a aidé à mieux comprendre pourquoi certains rôles arrivaient naturellement et pourquoi d’autres demandaient davantage de preuves.

Le type est donc une information. Pas un verdict.

Type, essence et étendue de jeu : trois choses différentes

Ces notions sont souvent mélangées.

Le type, c’est la première lecture : ce qu’on peut facilement vous imaginer jouer.

L’essence, c’est ce qui revient naturellement dans votre présence : chaleur, autorité, danger, fragilité, humour, intelligence, nervosité, mystère, douceur, intensité.

Votre étendue de jeu, votre range, c’est tout ce que votre technique vous permet réellement d’incarner de façon crédible.

Une actrice ou un acteur peut donc avoir un type très clair et une étendue de jeu immense. L’erreur est de croire que les deux sont synonymes.

La question professionnelle devient alors : quelle est la première porte par laquelle on risque de me faire entrer, et comment puis-je ensuite montrer qu’il y a beaucoup plus derrière cette porte?

Commencez par vos propres données

Vous n’avez pas besoin d’un consultant en marketing pour faire un premier diagnostic. Vos auditions contiennent déjà beaucoup d’information.

Regardez les dix, vingt ou trente dernières, si vous en avez suffisamment. Notez les rôles, mais surtout les qualités communes.

Un avocat, un médecin, un politicien et un dirigeant peuvent appartenir à la même famille : autorité, compétence, statut, contrôle.

Un père, un professeur, un voisin et un médecin peuvent, chez une autre personne, traduire plutôt : empathie, sécurité, intelligence, confiance.

Posez-vous ensuite quatre questions :

  1. Quels rôles me sont proposés le plus souvent?
  2. Pour quels rôles est-ce qu’on me rappelle ou m’engage?
  3. Quelles qualités reviennent lorsque des collègues ou réalisateurs parlent de mon jeu?
  4. Quels personnages deviennent crédibles chez moi sans que j’aie besoin d’ajouter beaucoup d’artifices?

Ce qui se répète mérite votre attention.

Faites le test du « casting à froid »

Voici un exercice que je trouve particulièrement utile parce qu’il contourne notre propre perception de nous-mêmes.

Cet exercice est en fait une synthèse personnelle de plusieurs variantes que j’ai rencontrées au fil de mes formations et ateliers, notamment auprès de Mélanie Pilon, Réal Bossé et Wendy Braun. Les approches différaient un peu, mais l’idée de fond revenait : apprendre à observer la première lecture que les autres font de nous, avant que notre propre perception vienne l’influencer.

Choisissez cinq à dix personnes, idéalement un mélange de gens du métier et de personnes qui ne vous connaissent pas intimement. Montrez-leur une photo récente et demandez simplement : « Si tu voyais cette personne dans une série demain soir, quels rôles pourrais-tu imaginer qu’elle joue? »

Ne défendez pas votre identité. Ne dites pas : « Oui, mais je peux aussi jouer… » Prenez des notes.

Une réponse isolée ne veut rien dire. Si plusieurs personnes voient indépendamment la même famille de personnages, vous commencez à observer une tendance.

Ce n’est pas une vérité sur vous. C’est une information sur la façon dont les autres vous perçoivent.

Cherchez la contradiction

Les types les plus intéressants ne sont presque jamais complètement prévisibles.

« Policier » est une fonction. « Policier rassurant avec quelque chose d’opaque » commence à devenir un personnage.

« Père de famille » est générique. « Père chaleureux capable d’une violence inattendue » crée immédiatement une tension.

Votre visage peut ouvrir une porte, mais c’est souvent la contradiction, ce petit élément qu’on n’avait pas anticipé, qui donne envie de continuer à vous regarder.

C’est là que votre singularité devient beaucoup plus intéressante que votre simple catégorie de casting.

Construisez deux ou trois familles de rôles

Je préfère penser en familles de rôles plutôt qu’en un type unique.

Par exemple :

  • Autorité crédible : médecin, avocat, enquêteur, gestionnaire, officier.
  • Père ou mentor : professeur, entraîneur, voisin, patron protecteur.
  • Autorité avec une zone d’ombre : policier corrompu, dirigeant ambigu, suspect sophistiqué.

Les trois peuvent appartenir à la même personne. Elles sont assez précises pour guider les photos, la démo et les soumissions, mais assez larges pour ne pas enfermer le jeu.

Ajoutez ensuite une famille d’expansion : les rôles que vous ne recevez pas encore, mais vers lesquels vous voulez évoluer.

C’est là que la stratégie devient intéressante. Vous ne consacrez pas tout votre marketing à cette famille, mais vous pouvez la développer par des scènes en cours, une self-tape bien choisie, un court métrage ou une scène de démo. Une capacité invisible ne change pas la perception du marché. Une capacité démontrée, oui.

Vos photos doivent confirmer ou élargir cette lecture

Une photo de casting n’est pas d’abord une belle photo. C’est un outil de décision.

Demandez-vous, devant chacune de vos images : « Est-ce que je comprends immédiatement dans quel univers de rôles cette personne pourrait entrer? »

Une photo peut soutenir une famille de rôles. Une autre peut ouvrir une nuance différente. C’est beaucoup plus utile que cinq images qui disent exactement la même chose avec des chemises différentes.

Nous consacrerons les prochains articles aux photos et à la marque professionnelle, mais elles commencent ici : dans la compréhension de ce que vous projetez naturellement.

Et au Québec?

Notre marché ajoute une particularité : une même personne peut évoluer entre télévision québécoise, cinéma indépendant, productions anglophones tournées ici, publicité, doublage et théâtre.

Pour les actrices et acteurs bilingues, la perception peut même varier légèrement entre le français et l’anglais. Le visage ne change pas, évidemment, mais le rythme, la musicalité, l’accent, la posture et l’énergie peuvent être différents.

Ne supposez donc pas que votre positionnement est identique dans tous les marchés. Regardez les auditions que vous recevez réellement. Elles sont une forme d’étude de marché beaucoup plus fiable que l’image que vous aimeriez projeter.

Un exercice à faire cette semaine

Prenez une feuille et créez quatre colonnes :

  1. Les rôles qu’on me propose.
  2. Les qualités que les autres perçoivent chez moi.
  3. Les personnages que je peux actuellement jouer de façon convaincante.
  4. Les rôles vers lesquels je veux évoluer.

Cherchez les intersections.

À partir de là, définissez deux ou trois familles principales, une famille d’expansion et trois à cinq mots qui décrivent votre présence naturelle.

Vous aurez fait beaucoup plus qu’identifier un « type ». Vous aurez commencé à construire une stratégie.

En résumé

Votre type n’est ni votre talent, ni votre identité, ni la limite de ce que vous pouvez devenir. C’est une lecture momentanée du marché.

Utilisée intelligemment, cette information peut vous aider à choisir vos photos, organiser votre démo, cibler vos soumissions et mieux comprendre les auditions qui vous arrivent.

Puis, lorsque la porte s’ouvre, le véritable travail commence. Parce qu’une fois devant la caméra, personne ne veut voir un « type ».

On veut voir un être humain.

Article suivant : Créer votre marque d’acteur : au-delà du talent, votre identité unique.

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Le Souffle de la Machine

Faire ou Être? Ce que la machine ne peut pas saisir. Un livre écrit par Martin Blais.

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Martin Blais Acteur, explorateur de la conscience. Formé à l’art d’habiter les rôles, il cherche depuis toujours à incarner ce qui se cache derrière les apparences: l’essence sous les masques, le souffle sous les mots. Sur scène comme dans la vie, il explore la frontière entre le visible et l’invisible, entre ce que l’on fait et ce que l’on est. Au fil des ans, sa trajectoire artistique s’est enrichie d’une quête intérieure profonde. Hypnothérapeute en régression quantique (QHHT), maître Reiki, méditant Vipassana, adepte de la méthode Wim Hof, des arts martiaux, du jeûne intermittent et de pratiques de transformation du souffle et du silence, il arpente les zones liminales entre corps et conscience, présence et perception. *Le Souffle de la Machine* est né d’un choc intérieur: une expérience de dissolution si radicale qu’elle a redéfini la question fondatrice de son parcours — au-delà du faire, qu’est-ce qu’être? Dans ce récit philosophique et incarné, il interroge les limites de l’intelligence artificielle, non pour la rejeter, mais pour mieux situer ce que la machine ne pourra jamais contenir: le frémissement de la conscience, le poids d’une larme, la paix d’un souffle retrouvé.
Écrit par : Martin Blais

Formé à l’art d’habiter les rôles, il cherche depuis toujours à incarner ce qui se cache derrière les apparences: l’essence sous les masques, le souffle sous les mots. Sur scène comme dans la vie, il explore la frontière entre le visible et l’invisible, entre ce que l’on fait et ce que l’on est.

Au fil des ans, sa trajectoire artistique s’est enrichie d’une quête intérieure profonde. Hypnothérapeute de régression (QHHT), maître Reiki, méditant Vipassana, adepte de la méthode Wim Hof, des arts martiaux, du jeûne intermittent et de pratiques de transformation du souffle et du silence, il arpente les zones liminales entre corps et conscience, présence et perception.

Il est également auteur d’un livre qui sera bientôt publié. Le Souffle de la Machine est né d’un choc intérieur: une expérience de dissolution si radicale qu’elle a redéfini la question fondatrice de son parcours — au-delà du faire, qu’est-ce qu’être? Dans ce récit philosophique et incarné, il interroge les limites de l’intelligence artificielle, non pour la rejeter, mais pour mieux situer ce que la machine ne pourra jamais contenir: le frémissement de la conscience, le poids d’une larme, la paix d’un souffle retrouvé.