Article 14 : Votre site web d’acteur : le centre de votre carrière numérique
IMDb, theWorkbook (anciennement Casting Workbook), Actors Access, Instagram, YouTube : toutes ces plateformes peuvent être utiles, mais aucune ne vous appartient.
Les règles changent. Les tarifs changent. Les algorithmes changent. Un service peut disparaître ou décider demain de présenter votre travail autrement.
Votre site web est différent.
C’est l’endroit où vous décidez de l’ordre, du contexte et de la façon dont votre parcours est raconté.
Et il n’a pas besoin d’être compliqué.
Une vitrine avant d’être une archive
À force d’ajouter mes projets, mes démos, mes photos, mes articles et les traces de rôles plus anciens, j’ai vu mon propre site devenir progressivement deux choses à la fois : une vitrine professionnelle et une archive de parcours.
Les deux sont utiles.
Le piège, c’est de laisser l’archive étouffer la vitrine.
La page d’accueil doit répondre d’abord à une question très actuelle : qui est cette actrice ou cet acteur aujourd’hui?
Le reste peut raconter comment cette personne en est arrivée là.
Le test des trente secondes
Imaginez qu’une personne à la réalisation reçoit votre nom dans un courriel et vous cherche sur Google.
Il arrive sur votre site.
En trente secondes, peut-il comprendre :
- qui vous êtes;
- où vous travaillez;
- dans quelles langues vous jouez;
- à quoi vous ressemblez aujourd’hui;
- où voir votre démo;
- quels sont vos principaux crédits;
- comment joindre votre agent ou vous contacter?
Si oui, votre site remplit déjà une grande partie de sa mission.
La page d’accueil : une porte, pas un labyrinthe
Votre nom doit être visible immédiatement.
Une photo forte, quelques mots de contexte et des accès évidents à votre démo, votre CV, vos photos et vos coordonnées suffisent souvent.
Évitez les introductions animées interminables, les vidéos qui démarrent avec du son ou les menus où l’utilisateur doit deviner où se trouve votre travail.
Le site ne doit pas impressionner par son architecture.
Il doit vous rendre facile à trouver.
Votre démo doit être à un clic
N’obligez pas quelqu’un à ouvrir trois menus pour découvrir votre jeu.
Votre démo vidéo principale mérite une place très visible. Si vous avez plusieurs versions, en français, en anglais, en comédie ou en voix, organisez-les clairement.
Même logique pour votre CV : une version lisible directement sur le site peut être pratique, accompagnée d’un PDF propre à télécharger.
Le point important est que les deux versions concordent.
Il est étonnamment facile de mettre à jour son PDF après un nouveau rôle et d’oublier la page web pendant six mois.
Les photos : sélectionnez, n’archivez pas tout au même endroit
Votre page professionnelle n’a pas besoin de contenir soixante-dix portraits.
Montrez une sélection forte : votre photo principale, quelques variations utiles et, lorsque vous en avez les droits, des images de production qui ajoutent quelque chose.
Une galerie trop longue dilue vos meilleures photos.
Si vous tenez à conserver des archives, créez une section distincte. La vitrine principale doit représenter l’interprète que vous êtes aujourd’hui.
Les projets : montrer davantage qu’une ligne de CV
Une page de projet peut être très utile lorsqu’elle apporte du contexte.
Pour un rôle important, vous pouvez réunir une image, le titre, le personnage, la production, quelques mots sur le projet et éventuellement un extrait autorisé.
C’est particulièrement intéressant lorsqu’un visiteur cherche votre nom après vous avoir vu quelque part. Il peut alors comprendre ce qu’il vient de regarder et découvrir le reste de votre travail.
Mais là encore, gardez la hiérarchie claire. Tous les rôles n’ont pas besoin d’une page monumentale.
Une biographie qui ressemble à quelqu’un
Les biographies d’actrices et d’acteurs tombent facilement dans le même piège : « passionné depuis son plus jeune âge », « polyvalent », « authentique », « habité par son art ».
Le problème n’est pas que ces phrases soient nécessairement fausses.
C’est qu’elles pourraient décrire presque n’importe qui.
Votre bio devrait plutôt apporter ce qui n’apparaît pas dans le CV : votre trajectoire, vos langues, certains éléments de votre approche du métier et quelques expériences qui vous distinguent réellement.
Deux ou trois paragraphes précis valent mieux qu’une page d’adjectifs.
Un site bilingue lorsqu’il sert réellement votre carrière
À Montréal, si vous travaillez en français et en anglais, offrir les pages professionnelles essentielles dans les deux langues peut être un avantage réel.
Accueil, bio, CV, démos et contact suffisent déjà.
Vous n’avez pas nécessairement besoin de traduire chaque article de blogue ni chaque archive.
L’important est que la personne anglophone qui arrive sur votre site puisse comprendre rapidement qui vous êtes, et inversement.
Le téléphone d’abord
Beaucoup de gens découvriront votre site sur un téléphone.
Testez-le réellement sur un petit écran.
Votre nom est-il lisible? Les boutons sont-ils faciles à toucher? La vidéo démarre-t-elle rapidement? Le CV s’ouvre-t-il correctement? Les images sont-elles trop lourdes?
Un site spectaculaire sur un écran de bureau mais pénible sur téléphone rate une grande partie de son objectif.
Le référencement : surtout être trouvable sous votre propre nom
Vous n’avez pas besoin de devenir spécialiste SEO.
Pour une actrice ou un acteur, le premier enjeu est beaucoup plus simple : lorsque quelqu’un cherche votre nom professionnel, votre site doit avoir une chance raisonnable d’apparaître et Google doit comprendre qui vous êtes.
Utilisez votre nom clairement dans les titres. Identifiez votre métier, votre ville et vos langues. Donnez des titres précis aux pages et aux projets. Ajoutez des descriptions utiles aux images importantes.
Les articles peuvent ensuite élargir cette présence en ligne. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de publier cette série.
Mais l’objectif n’est pas de devenir premier sur Google pour les mots « actrice » ou « acteur ».
C’est de posséder proprement votre identité numérique.
Le contact ne doit pas devenir un jeu de piste
Si vous avez une représentation professionnelle, le nom et les coordonnées de votre agent doivent être faciles à trouver.
Vous pouvez également offrir un formulaire ou une adresse pour les demandes générales.
Testez ce formulaire de temps en temps. Un beau formulaire qui ne transmet plus les messages est beaucoup moins utile qu’une simple adresse courriel.
Et, évidemment, votre adresse résidentielle n’a aucune raison d’être publique.
Une petite routine d’entretien
Quelques fois par année, vérifiez :
- votre photo principale;
- vos démos;
- votre CV;
- votre représentation;
- vos liens YouTube et IMDb;
- vos projets récents;
- l’affichage mobile;
- les pages ou liens cassés.
Cela peut se faire en moins d’une heure.
Un site qui semble vivant n’a pas besoin de publier quelque chose chaque semaine. Il doit simplement éviter de raconter une carrière qui s’est arrêtée trois ans plus tôt.
Le minimum viable
Si vous deviez mettre votre site en ligne demain, je viserais simplement :
- votre nom;
- une excellente photo actuelle;
- votre ville et vos langues;
- votre démo vidéo;
- votre CV;
- quelques photos supplémentaires;
- vos coordonnées ou celles de votre agent;
- un affichage mobile propre;
- un domaine professionnel.
Tout le reste peut évoluer.
En résumé
Votre site est l’endroit numérique où vous contrôlez réellement l’ordre et le contexte de votre travail.
Il doit être simple, actuel et centré sur les besoins d’une personne qui veut vous évaluer rapidement.
L’archive peut raconter le chemin parcouru.
La page d’accueil, elle, doit toujours présenter l’interprète que vous êtes maintenant.
Les réseaux sociaux peuvent ensuite amplifier cette présence, à condition de rester des outils plutôt qu’une seconde carrière à temps plein.
Article suivant : Médias sociaux pour acteurs : stratégies pour une présence professionnelle et authentique.
Partagez cet article
Suivez moi
Un aperçu rapide des sujets abordés dans cet article.
Derniers articles de Martin Blais

Écrit par : Martin Blais
Formé à l’art d’habiter les rôles, il cherche depuis toujours à incarner ce qui se cache derrière les apparences: l’essence sous les masques, le souffle sous les mots. Sur scène comme dans la vie, il explore la frontière entre le visible et l’invisible, entre ce que l’on fait et ce que l’on est.
Au fil des ans, sa trajectoire artistique s’est enrichie d’une quête intérieure profonde. Hypnothérapeute de régression (QHHT), maître Reiki, méditant Vipassana, adepte de la méthode Wim Hof, des arts martiaux, du jeûne intermittent et de pratiques de transformation du souffle et du silence, il arpente les zones liminales entre corps et conscience, présence et perception.
Il est également auteur d’un livre qui sera bientôt publié. Le Souffle de la Machine est né d’un choc intérieur: une expérience de dissolution si radicale qu’elle a redéfini la question fondatrice de son parcours — au-delà du faire, qu’est-ce qu’être? Dans ce récit philosophique et incarné, il interroge les limites de l’intelligence artificielle, non pour la rejeter, mais pour mieux situer ce que la machine ne pourra jamais contenir: le frémissement de la conscience, le poids d’une larme, la paix d’un souffle retrouvé.










