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Martin Blais
Nouvelles

Pourquoi je pratique le jeûne intermittent : de la souplesse dans un rythme 16:8

Je jeûne par intermittence non pas parce que j’aime avoir faim, ni parce que je crois avoir découvert un raccourci métabolique secret. J’aime surtout la simplicité de la règle.

La plupart du temps, ma pratique ressemble à un horaire 16:8 : environ seize heures sans nourriture et une fenêtre d’environ huit heures pendant laquelle je mange. Ce n’est toutefois pas un contrat que je signe chaque matin. Certaines journées, je décale la fenêtre, je la raccourcis ou je l’élargis; parfois, je mange simplement selon l’horaire de la journée.

J’ai longtemps décrit cette variation comme une façon de « surprendre » ou de « choquer » mon système pour éviter qu’il ne s’habitue trop à une routine. C’est une image qui décrit assez bien mon instinct de ne pas devenir rigide. Mais je ne connais pas de bonne preuve montrant qu’un horaire irrégulier crée un avantage métabolique particulier ou empêche le corps de « s’habituer » au 16:8. Je garde donc l’idée qui m’est utile, la souplesse, sans transformer la métaphore en mécanisme scientifique.

Ce que 16:8 veut dire pour moi

Le jeûne intermittent recouvre plusieurs pratiques très différentes. La mienne est surtout une forme de time-restricted eating, ou alimentation limitée dans le temps. Je ne parle pas ici de jeûnes prolongés de plusieurs jours. Je parle d’une frontière quotidienne assez simple autour des heures où je mange.

Dans une journée typique, cette frontière réduit surtout le grignotage tard le soir et le réflexe de manger simplement parce que de la nourriture est disponible. Elle me fait aussi remarquer la différence entre plusieurs sensations que j’appelais autrefois toutes « faim » : véritable appétit, ennui, habitude, fatigue, envie de récompense ou simple association avec une heure de la journée.

Je trouve cette observation intéressante. Elle ne rend pas la faim vertueuse et ne transforme pas le repas en faute. Elle me donne simplement un peu plus d’information avant de décider.

Pourquoi je ne veux pas que la fenêtre devienne une prison

J’aime les routines, mais je me méfie du moment où une routine commence à demander qu’on protège la règle au détriment de la vie qu’elle devait servir.

Une journée de tournage peut commencer très tôt, finir très tard ou demander beaucoup d’énergie physique. Un repas avec des amis ou de la famille peut tomber « hors fenêtre ». Une journée d’entraînement peut demander une autre stratégie. Dans ces situations, je préfère adapter le jeûne plutôt que transformer une pratique de santé en superstition.

C’est aussi là que se trouve, pour moi, l’intérêt d’alterner. Certains jours sont très structurés; d’autres le sont moins. Je garde ma capacité à manger normalement sans avoir l’impression d’avoir brisé quelque chose.

Cette flexibilité est un bénéfice comportemental que je peux défendre à partir de mon expérience. Ce n’est pas une affirmation selon laquelle varier les heures « confond » le métabolisme. En fait, plusieurs études sur l’alimentation limitée dans le temps utilisent des fenêtres relativement constantes, et la relation entre le moment des repas, le sommeil et les rythmes circadiens reste un domaine de recherche actif.

Ce que la recherche suggère réellement

Les données sur le jeûne intermittent sont intéressantes, mais beaucoup moins spectaculaires que certaines promesses en ligne.

Des essais sur l’alimentation limitée dans le temps montrent que des fenêtres de huit à dix heures peuvent produire des améliorations modestes de certains marqueurs métaboliques chez certaines populations. Par exemple, un essai soutenu par les NIH chez des adultes ayant un syndrome métabolique a observé, après trois mois, de petites améliorations de la glycémie ainsi que des réductions de poids et de graisse du tronc.

Mais les essais ne donnent pas tous les mêmes résultats, les populations diffèrent et les études à long terme restent limitées. Une partie des bénéfices peut aussi venir du fait qu’une fenêtre plus courte rend spontanément plus difficile de manger tard ou continuellement, plutôt que d’un effet magique du jeûne lui-même.

Je ne considère donc pas le 16:8 comme supérieur à toute autre façon raisonnable de manger. C’est une structure qui me convient et que la recherche rend plausible, pas une vérité universelle.

Le lien avec mon travail d’acteur

Le métier d’acteur contient beaucoup de temps qui n’appartient pas vraiment à l’acteur : appels très tôt, attentes, changements de plan, repas de production, scènes physiques, horaires de nuit. Une alimentation trop rigide peut rapidement entrer en conflit avec le travail.

Le jeûne m’intéresse lorsque la structure simplifie ma journée et m’aide à rester attentif à mes signaux. Il cesse de m’intéresser dès qu’il réduit mon énergie, ma concentration ou ma capacité à faire le travail en sécurité.

Je ne veux pas arriver sur un plateau fier d’avoir protégé une fenêtre de jeûne mais incapable de donner ce que la scène demande. Le corps est l’instrument; la règle n’est qu’un outil.

Ce que je ne cherche pas à faire

Je ne cherche pas à accumuler les heures de jeûne comme des points. Je ne poursuis pas la faim pour elle-même et je ne vois pas un repas « hors horaire » comme un échec moral.

Je suis également prudent devant les affirmations selon lesquelles le jeûne « détoxifie », garantit la longévité, réinitialise les hormones ou déclenche automatiquement une autophagie cliniquement significative à une heure précise. La biologie est plus complexe que les infographies.

Une pratique qui ne convient pas à tout le monde

Le jeûne intermittent n’est pas approprié pour tout le monde. Les besoins sont différents chez les personnes enceintes ou qui allaitent, les enfants et adolescents, les personnes ayant un historique de troubles alimentaires, celles qui sont en insuffisance pondérale, ainsi que certaines personnes vivant avec le diabète ou prenant des médicaments dont la sécurité dépend de l’horaire des repas.

Dans ces situations, et lorsqu’un problème de santé ou un traitement médical soulève une question, l’avis d’un professionnel de la santé compte davantage qu’une routine trouvée sur Internet, y compris la mienne.

Pourquoi je continue

Je continue parce que le 16:8 me donne une structure assez nette pour être utile et assez simple pour ne pas occuper toute ma pensée.

Et je varie parfois cette structure parce que je veux conserver une relation souple avec la nourriture et avec mes propres règles. Si je parle de « choquer le système », c’est désormais dans ce sens-là : casser mon automatisme, pas prétendre déclencher un phénomène métabolique démontré.

Pour moi, le jeûne est à son meilleur lorsqu’il reste exactement cela : un outil qui crée de l’attention et de la simplicité, puis qui sait se faire oublier quand la vie demande autre chose.

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