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Martin Blais

Guide de l’acteur

Article 29 : Cultiver votre réseau : l’art du suivi sans devenir insistant

Entretenir un réseau professionnel demande un suivi proportionné à chaque relation. Écrivez avec une vraie raison, fermez les boucles, partagez votre matériel au bon moment et évitez les relances mécaniques.

Rencontrer quelqu’un est relativement facile.

Maintenir une relation professionnelle pendant cinq ou dix ans est une autre compétence.

Le suivi ne consiste pas à rappeler périodiquement aux gens que vous existez. Il consiste à entretenir une présence proportionnée à la relation.

Le mot important est proportionnée.

Cette étape vient après la construction du réseau professionnel, qu’il ait commencé en ligne ou en personne.

Toutes les relations n’ont pas besoin du même entretien

Une réalisatrice ou un réalisateur avec qui vous avez tourné trois semaines n’est pas une personne de l’équipe de casting rencontrée trente secondes après une projection.

La fréquence et le ton du suivi doivent refléter le lien réel.

Avec une personne proche dans votre réseau professionnel, un message direct et personnel est naturel.

Avec une connaissance légère, quelques interactions occasionnelles peuvent suffire.

Le problème commence lorsqu’on agit comme si une rencontre brève avait créé une proximité professionnelle qui n’existe pas encore.

Le suivi est une discipline, pas un calendrier automatique

Ma carrière en affaires m’a appris l’importance du suivi. Un dossier oublié reste souvent un dossier mort.

Mais cette logique doit être adaptée lorsqu’on parle de relations humaines.

Dans une relation commerciale, un rappel après trente jours peut être une procédure.

Dans le milieu artistique, écrire à quelqu’un simplement parce qu’un tableau vous dit que « 90 jours se sont écoulés » produit vite des messages artificiels.

Avant d’écrire, complétez cette phrase :

« Je lui écris parce que… »

Si la seule réponse est « parce que ça fait trois mois », vous n’avez peut-être pas besoin d’écrire.

Une vraie raison change tout.

Le suivi après un projet

Une fois un tournage terminé, un remerciement simple peut être approprié.

Lorsque le film sort, soutenez-le.

Si vous recevez des photos ou du matériel, remerciez la production.

Si vous recroisez quelqu’un à une projection, prenez le temps de parler du projet plutôt que de demander immédiatement ce qu’il prépare ensuite.

Vous n’avez pas besoin d’écrire tous les mois à la personne qui a réalisé le projet pour rester dans son radar.

La meilleure trace laissée par le projet reste la façon dont vous avez travaillé.

Le suivi vient simplement empêcher que cette relation disparaisse complètement avec le temps.

Les félicitations sont une vraie raison d’écrire

Une sortie, un festival, un prix, une nouvelle série : ce sont des moments naturels pour reconnaître le travail d’un collègue.

Évitez toutefois le message qui commence par « félicitations » et se transforme immédiatement en demande.

« Félicitations pour la série! Au fait, je cherche un agent… » change complètement la nature du message.

Laissez parfois une félicitation être simplement une félicitation.

C’est plus rare et plus apprécié qu’on ne le croit.

Gardez des notes légères

Si votre réseau devient grand, la mémoire ne suffit pas toujours.

Une feuille simple peut contenir :

Nom | contexte de rencontre | projet commun | dernière interaction | note utile

L’objectif n’est pas de transformer vos collègues en prospects commerciaux.

C’est simplement d’éviter le moment gênant où vous réalisez que vous avez déjà rencontré la même personne trois fois sans vous en souvenir.

Les notes doivent rester factuelles et respectueuses.

Traitez l’information personnelle des autres comme vous voudriez qu’on traite la vôtre.

Une bonne relance a une raison

Quelques raisons naturelles de reprendre contact :

  • un projet commun sort;
  • vous avez vu son nouveau travail;
  • vous possédez une information réellement pertinente;
  • vous êtes de passage dans la même ville;
  • vous avez créé du matériel qui correspond à une conversation antérieure;
  • vous voulez prendre des nouvelles d’une personne avec qui vous avez une vraie relation.

Le contexte fait toute la différence entre un suivi et une sollicitation mécanique.

Une nouvelle démo n’a pas besoin d’être envoyée à toute personne rencontrée dans votre vie.

Elle est surtout pertinente pour :

  • votre agent;
  • des professionnels qui vous connaissent et acceptent ce type de mise à jour;
  • des réalisatrices ou réalisateurs avec qui une relation existe;
  • des contacts qui vous ont explicitement demandé de les tenir informés.

Le message peut être très court :

« Je viens de mettre à jour ma démo avec deux scènes récentes. Comme on avait parlé de mon travail en anglais, je te partage la version EN. Au plaisir. »

Le contexte explique l’envoi.

Il n’est pas nécessaire d’ajouter une longue justification.

La même logique vaut pour une mise à jour pertinente de votre site professionnel.

Fermez les boucles

Si quelqu’un vous présente à un agent, recommande votre nom ou vous transmet une occasion, remerciez-le même si cela ne mène à rien.

Et si la recommandation mène finalement à une collaboration, dites-le-lui.

« Merci encore pour l’introduction à X. Nous avons finalement tourné ensemble la semaine dernière. »

Fermer la boucle est une forme de respect.

La personne a utilisé une partie de son temps ou de sa réputation pour vous aider. Elle mérite de savoir ce qui s’est passé.

Les réseaux sociaux permettent un suivi léger

Un commentaire sincère, un partage ou un message de félicitations peut entretenir une familiarité sans créer une longue conversation.

C’est l’un des usages les plus intéressants des réseaux sociaux : rester au courant du travail de gens qu’on ne voit pas chaque semaine.

Mais ne confondez pas interaction numérique et relation profonde.

Une personne qui aime régulièrement vos publications ne vous doit rien professionnellement.

Ne suivez pas uniquement les gens qui « montent »

Les relations ne sont pas un portefeuille d’actions.

Restez en contact avec les personnes dont vous appréciez le travail et la présence, même lorsque leur carrière traverse une période calme.

Une communauté devient rapidement désagréable lorsqu’elle valorise les gens uniquement en fonction de leur pouvoir du moment.

Votre manière de traiter quelqu’un lorsqu’il n’a rien à vous offrir dit beaucoup sur vous.

Un audit de réseau sans cynisme

Une fois par année, regardez votre communauté professionnelle.

Qui n’avez-vous pas vu depuis longtemps?

Quels collègues aimeriez-vous soutenir davantage?

Dans quelles communautés votre présence est-elle faible ou inexistante?

Avez-vous concentré toute votre énergie sur quelques décideurs en négligeant vos pairs?

Y a-t-il des relations qui vous épuisent constamment?

L’objectif n’est pas d’optimiser les humains.

C’est de prendre soin de votre écologie professionnelle.

En résumé

Cultiver un réseau ressemble davantage à entretenir un jardin qu’à remplir un pipeline de vente.

Il faut du temps, de l’attention et de l’espace.

Écrivez lorsque vous avez une raison. Remerciez. Fermez les boucles. Gardez une présence sans insister.

Et ne confondez jamais la régularité avec l’obligation d’inventer des interactions.

Le prochain article va plus loin : une relation durable ne repose pas seulement sur le suivi. Elle repose aussi sur une forme de réciprocité.

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