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Martin Blais

Guide de l’acteur

Article 36 : Syndicats d’acteurs au Canada : comprendre ACTRA, UDA et Equity

Comprenez comment ACTRA, UDA et Equity couvrent différents marchés, ententes et protections pour les interprètes qui travaillent au Canada.

Le Canada n’a pas un seul syndicat qui couvre toutes les actrices et tous les acteurs, ni toutes les formes de production.

Pour une comédienne ou un comédien bilingue au Québec, trois organisations reviennent particulièrement souvent : ACTRA, l’Union des artistes et la Canadian Actors’ Equity Association.

Elles ne couvrent pas exactement les mêmes secteurs ni les mêmes marchés.

Comprendre cette différence évite beaucoup de confusion au moment de signer un contrat.

ACTRA : surtout l’écran et les médias enregistrés anglophones

ACTRA représente des artistes-interprètes professionnels travaillant principalement dans les médias enregistrés de langue anglaise au Canada : cinéma, télévision, publicité, voix, jeux vidéo, médias numériques et autres formes couvertes par ses ententes.

Ses accords encadrent notamment des minimums de rémunération, les heures de travail, les heures supplémentaires, certains droits d’utilisation, la sécurité et les mécanismes de règlement des conflits.

ACTRA fonctionne à travers des branches et sections régionales, dont ACTRA Montréal, ACTRA Toronto et UBCP/ACTRA en Colombie-Britannique.

Pour une actrice ou un acteur basé à Montréal qui travaille en anglais, cette organisation peut donc devenir une partie importante de la carrière.

UDA : le pilier du marché francophone québécois

L’Union des artistes représente des artistes professionnels dans plusieurs secteurs au Québec : télévision, cinéma, théâtre, publicité, doublage, voix et nouveaux médias selon les ententes applicables.

Pour une actrice ou un acteur francophone au Québec, l’UDA est donc centrale.

Un point important : « UDA » n’est pas un contrat unique qui couvre chaque production de la même manière.

Différentes ententes collectives existent selon le secteur et l’association de producteurs concernée.

Il faut toujours identifier l’entente exacte du projet.

Equity : le spectacle vivant professionnel

La Canadian Actors’ Equity Association représente principalement des artistes et plusieurs métiers du spectacle vivant professionnel au Canada anglais, notamment en théâtre, opéra et danse.

Ses ententes encadrent notamment la rémunération, les répétitions, les déplacements, les conditions de travail et les protections propres au spectacle vivant.

Une actrice ou un acteur qui travaille à la fois à l’écran et sur scène peut donc appartenir à plus d’une organisation au cours de sa carrière.

Le Québec bilingue rend cette réalité particulièrement visible.

Pourquoi les syndicats existent

Lorsqu’une actrice ou un acteur négocie individuellement avec une production, celle-ci possède généralement davantage d’information, de pouvoir économique et d’expérience juridique.

Une convention collective établit un plancher commun.

Cela ne signifie pas que tous les contrats deviennent extraordinaires ni que les conflits disparaissent.

Cela signifie que certaines questions n’ont plus à être renégociées individuellement à partir de zéro : minimums, durée des journées, pénalités, droits d’utilisation, sécurité, répétitions, déplacements ou procédures de grief selon l’entente.

Le minimum n’est pas le maximum

Une grille syndicale indique généralement un minimum contractuel.

Votre agent peut négocier davantage selon le rôle, le projet, votre expérience et votre position dans la production.

Ne lisez donc jamais un tarif minimum comme si le syndicat fixait la valeur maximale de votre travail.

Il fixe un plancher.

Les droits d’utilisation comptent autant que la journée de tournage

Dans certains contrats audiovisuels, une partie de la rémunération peut arriver après le tournage sous forme de paiements d’utilisation, residuals, redevances ou autres mécanismes prévus par la convention.

C’est pourquoi le cachet de la journée ne raconte pas toujours toute l’économie du contrat.

Même logique en publicité : durée, territoire, médias et exclusivité peuvent être aussi importants que le tarif initial.

Les avantages sociaux ne sont pas automatiques

Les organisations peuvent donner accès à différents mécanismes d’assurance, de retraite, d’épargne ou de soutien selon les régimes et l’admissibilité.

Mais devenir membre ne signifie pas automatiquement bénéficier de toutes les protections au niveau maximal.

Les conditions varient selon les revenus, les contributions et le statut.

Vérifiez les règles de votre organisation plutôt que d’assumer.

L’adhésion crée aussi des obligations

C’est la partie qu’on oublie parfois lorsqu’on ne regarde que les avantages.

Un membre peut être limité dans sa capacité d’accepter certains projets non syndiqués relevant de la juridiction de son organisation.

Autrement dit, adhérer peut fermer certaines occasions en échange de protections et d’un accès plus structuré au marché syndiqué.

Le moment de l’adhésion mérite donc réflexion.

Nous y reviendrons dans le prochain article.

Un projet syndiqué n’est pas une permission d’arrêter de lire

Le syndicat établit un cadre.

Il ne remplace pas votre vigilance.

Regardez toujours :

  • catégorie de rôle;
  • dates;
  • tarif;
  • heures supplémentaires;
  • transport;
  • fitting;
  • droits d’utilisation;
  • exclusivité;
  • intimité ou nudité;
  • cascades;
  • clauses liées à l’image, la voix ou l’intelligence artificielle lorsqu’elles existent.

Si quelque chose n’est pas clair, demandez à votre agent ou à l’organisation avant de signer.

Un projet non syndiqué n’est pas automatiquement mauvais

Pour une actrice ou un acteur qui n’est pas encore membre, un film indépendant ou étudiant bien organisé peut offrir de l’expérience, du matériel et des relations intéressantes.

Mais les protections peuvent être très différentes.

Il faut donc regarder avec encore plus d’attention le paiement, l’assurance, la sécurité, les droits d’utilisation, l’intimité, les dépenses et la livraison du matériel.

Le label « non syndiqué » ne dit pas à lui seul si un projet est sérieux.

Le contrat et les pratiques de la production en disent beaucoup plus.

Le cas du Québec bilingue

Une même personne travaillant comme interprète à Montréal peut travailler sous UDA sur une série francophone, sous ACTRA sur une production anglophone et sous Equity sur un projet de théâtre professionnel.

Cette superposition fait partie des spécificités du marché canadien.

Il n’est donc pas toujours utile de chercher « le bon syndicat » comme s’il fallait en choisir un seul pour toute une carrière.

La vraie question est : quelle juridiction et quelle entente couvrent le projet que j’ai devant moi?

Votre agent n’est pas votre syndicat

Votre agent négocie et représente vos intérêts individuels.

Le syndicat ou l’association négocie des cadres collectifs et fait appliquer les ententes.

Les deux fonctions se complètent.

Elles ne sont pas interchangeables.

Et plus vous comprenez vos propres conditions de travail, meilleures seront vos conversations avec les deux.

Apprenez à lire les grandes lignes d’une entente

Vous n’avez pas besoin de devenir spécialiste en droit du travail.

Mais apprenez à repérer les catégories de rôles, les minimums, les heures, les déplacements, les répétitions, les droits de suite ou d’utilisation, les annulations et les règles de sécurité qui touchent vos principaux secteurs.

Cette connaissance ne crée pas davantage de méfiance envers le milieu.

Elle renforce simplement votre professionnalisme.

En résumé

ACTRA, UDA et Equity ne sont pas trois versions concurrentes du même syndicat.

Elles couvrent des juridictions et des formes de travail différentes qui peuvent se croiser dans la carrière d’une même interprète ou d’un même interprète.

Le syndicat ne crée pas votre carrière.

Il structure une partie du marché professionnel et établit des protections collectives que vous auriez difficilement à négocier individuellement.

Dans le prochain article, nous allons examiner la décision concrète : quand l’adhésion devient-elle avantageuse, et quelles portes peut-elle ouvrir ou fermer?

Article précédent : L’importance du feedback : progresser sans devenir dépendant du regard des autres.

Article suivant : Pourquoi adhérer à un syndicat d’acteurs au Canada? Coûts, avantages et responsabilités.

Repères professionnels : ACTRA National, Union des artistes et Canadian Actors’ Equity Association. Les règles et ententes peuvent évoluer; vérifiez toujours la version applicable au moment de votre contrat.