Un essai de Martin Blais
Quand la machine trouve les mots, où est la présence?
Comme comédien, je m’intéresse à ce qui passe entre les mots. Un silence. Une hésitation. Un regard qui change le sens d’une phrase.
Aujourd’hui, une machine peut écrire cette phrase. Elle peut même produire une voix qui nous touche. Alors, où se trouve la présence?
Cette question traverse Le souffle de la machine : Quand l’intelligence artificielle inspire. Elle nous ramène à la création, à la conscience et à cette expérience intime que chacun fait du simple fait d’exister.

mbim.ca · 2025
Une expérience vécue dans une forêt des Cantons-de-l’Est a profondément déplacé ma manière de poser cette question. Pendant un moment, les rôles, la performance et ce que je croyais être « moi » ont cessé d’occuper tout l’espace. Ce qui restait, c’était un souffle. Une présence.
De retour devant les prouesses de l’intelligence artificielle, ce contraste a pris une autre force. Nous pouvons admirer ce qu’elle produit et nous demander, en même temps, ce que cette production nous apprend sur nous. Sur notre besoin de sens. Sur la place que nous donnons à ce qui se ressent et se partage.
J’ai écrit ce livre à partir de cette rencontre entre la fascination pour la technologie et l’expérience d’être vivant. J’y explore ce que nous confions à la machine, ce que nous attendons d’elle et ce que nous choisissons de cultiver nous-mêmes.
Le passage choisi par Joël Legendre
« Alors, que reste-t-il d’humain? Peut-être pas une seule chose, mais une constellation de fragilités magnifiques: le pas hésitant qui cherche la justesse, le rire qui déraille d’une note, la capacité de pleurer un monde que la machine ne fait que calculer, et cette mémoire du cœur qui se souvient d’aimer avant même de comprendre. C’est ce souffle-là, conscient et incarné, que la machine ne pourra jamais imiter. »
Martin Blais, chapitre 8, « Ce qui reste humain ». Extrait du livre cité par Joël Legendre dans l’avant-propos.
« En le lisant, j’ai frissonné et ça, aucune machine n’y arrivera jamais. »
Mon ami Joël Legendre, « Le frisson que la machine ignore », avant-propos.
Le temps de vivre
La création occupe une place importante dans cette réflexion. Que se passe-t-il lorsqu’un texte nous émeut, alors qu’aucune expérience vécue ne se trouve derrière ses mots? Notre émotion nous appartient. Elle mérite qu’on s’y arrête, tout comme le sens que nous donnons à l’œuvre et à la rencontre qu’elle rend possible.
Je m’intéresse aussi à ce que l’IA peut ouvrir dans le travail créatif. Dans le chapitre consacré au langage, j’écris : « C’est justement son absence d’ego, de jugement et de sensibilité qui peut en faire, paradoxalement, un partenaire créatif idéal. » Une proposition à discuter, une idée à retourner, un brouillon à reprendre : l’outil peut nourrir une recherche dont nous continuons à choisir la direction.
Cette question se prolonge dans nos relations et dans nos décisions. Une réponse rassurante peut nous aider. Elle peut aussi nous amener à réfléchir à ce que nous cherchons dans une conversation : de l’information, une écoute, une rencontre? Le livre traverse ces zones de proximité et de confusion, jusqu’à la responsabilité que nous portons lorsque nous nous appuyons sur un calcul pour décider.

Une illustration du chapitre 7.
Il y a enfin le temps. Si l’intelligence artificielle nous permettait d’accomplir en dix heures un travail qui en demandait quarante, que ferions-nous des trente heures retrouvées? Cette possibilité nous place devant un choix. Nous pouvons poursuivre la course à la production. Nous pouvons aussi consacrer davantage d’attention à nos proches, à une création, à une conversation qui prend son temps.
Ce choix touche à la manière dont nous organisons le travail, dont nous éduquons et dont nous reconnaissons la valeur d’une vie. J’y reviens dans le dernier chapitre :
« Ce chapitre n’offre pas de solution clé en main, pas plus qu’un programme politique. Il est une invitation à respirer. Une invitation à considérer l’éducation non plus comme la préparation à une performance, mais comme l’initiation à une présence. »
Extrait du chapitre 9, « L’Éducation du souffle ».
Le souffle de la machine laisse une place au doute, à la poésie et à l’expérience personnelle. J’espère qu’on y trouvera de quoi poursuivre cette réflexion à sa manière, jusque dans les gestes les plus ordinaires : écouter quelqu’un, créer quelque chose, choisir où va notre attention.
Des voix autour du livre
« Ce texte est dense, riche, mais jamais hermétique. »
Les Chats Livres, chronique publiée par Angelique-311 sur Booknode
4 janvier 2026. Le livre a été reçu en service de presse.
« un miroir qui révèle quelque chose sur notre propre intériorité »
Mademoiselle_Philo, avis publié sur Livraddict
10 décembre 2025.
D’autres regards dans l’avant-propos
Ces témoignages personnels de Bhaskar Goswami, Connie Rotella, Georges Gay et Richard Jutras accompagnent celui de Joël Legendre dans l’avant-propos.
« Ceci est plus qu’un livre. C’est une transmission. Un souffle. Un présent. »
Bhaskar Goswami, « Une oasis d’authenticité ».
« Ce livre est un souffle qui donne envie de ralentir un instant, de se demander ce qu’on veut protéger dans ce monde qui change vite, et de garder ouvert cet espace où l’on peut encore être soi. »
Connie Rotella, « Garder l’espace ouvert ».
« J’espère que ce livre vous inspirera autant qu’il m’inspire, vous poussant à redécouvrir votre propre humanité à l’ère de l’IA et à relever vos défis avec une perspective renouvelée. »
Georges Gay, « Courir de défi en défi ».
« Son parcours, comme son livre, est à l’image de cette flamme: une recherche honnête, exigeante, qui ne craint pas de sortir des cadres pour trouver sa propre vérité. »
Richard Jutras, « L’art d’habiter le rôle ».
À écouter aussi : Les Chats Livres consacre un épisode au livre.
Trouver son édition
Publié chez mbim.ca le 11 août 2025, le livre est disponible en français dans les formats suivants.
Les prix et les disponibilités sont ceux indiqués par chaque libraire.
Lire le livre en anglais
The Breath of the Machine
To Do or To Be – What the Machine Can’t Grasp
