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Martin Blais

Guide de l’acteur

Article 43 : L’industrie audiovisuelle au Québec : où se trouvent les opportunités pour les acteurs aujourd’hui

Télévision locale, cinéma, productions étrangères, voix et numérique : découvrez où se déplacent les opportunités pour les acteurs au Québec.

Le Québec possède un écosystème audiovisuel impressionnant pour sa taille : télévision francophone, cinéma national, productions étrangères tournées ici, publicité, doublage, animation et nouveaux médias.

Mais dire simplement que nous vivons un « âge d’or » serait trop facile.

Les données récentes montrent plutôt un marché très actif qui se transforme rapidement.

Pour une actrice ou un acteur, cette nuance compte beaucoup : l’activité existe, mais elle ne se répartit pas de la même façon dans tous les secteurs.

Un marché fort, mais à plusieurs vitesses

En 2024-2025, la valeur totale de la production cinématographique et télévisuelle au Québec approchait 3 milliards de dollars.

C’est considérable.

Mais plus de la moitié de cette valeur provenait alors des productions étrangères et des services de production, pendant que la production télévisuelle indépendante québécoise connaissait un recul.

Le cinéma québécois, lui, montrait un mouvement plus positif, avec une hausse récente de la valeur de production et du nombre de longs métrages.

La leçon n’est donc pas « ça va bien » ou « ça va mal ».

Elle est plus utile : les occasions se déplacent.

La télévision francophone demeure centrale

Pour beaucoup d’actrices et d’acteurs au Québec, les séries quotidiennes, annuelles, miniséries, comédies et dramatiques restent une source essentielle de travail.

Elles créent aussi une continuité professionnelle : les mêmes équipes de casting, de réalisation, d’écriture et de production se recroisent d’un projet à l’autre.

Mais la pression récente sur la production télévisuelle locale rappelle qu’on ne peut pas bâtir toute une carrière sur l’idée que le volume augmentera continuellement.

Dans un marché plus serré, les détails professionnels comptent encore davantage : matériel actuel, agent efficace, disponibilité, rapidité de self-tape et réputation de fiabilité.

Le cinéma québécois : moins de volume, parfois plus d’espace pour le personnage

Le cinéma emploie moins d’interprètes au total que la télévision, mais il peut offrir des collaborations plus longues et des personnages plus substantiels.

Les courts et longs métrages indépendants restent également des endroits importants pour développer son jeu et construire des relations avec des cinéastes.

Je me méfie donc d’une stratégie qui ne valorise un projet qu’en fonction du diffuseur ou du cachet.

Un petit film avec un bon rôle, un scénario solide et une équipe sérieuse peut avoir une valeur artistique énorme.

Les productions étrangères représentent une part majeure de l’activité

Montréal et le Québec attirent beaucoup de tournages internationaux grâce aux équipes, infrastructures, décors et mécanismes de production disponibles ici.

Pour les interprètes locaux, cela peut créer des rôles dans des films et séries anglophones ou internationaux.

Une partie des rôles principaux arrive parfois déjà attachée à la production, mais les castings locaux peuvent offrir de nombreuses occasions : rôles secondaires, guest, day player, professionnels, policiers, médecins, personnages liés au lieu de tournage et autres besoins spécifiques.

Pour une actrice ou un acteur capable de travailler naturellement en anglais, ce marché est loin d’être marginal.

Le bilinguisme ouvre deux circuits, à condition de pouvoir le démontrer

À Montréal, nous avons une situation assez particulière : deux marchés linguistiques importants se chevauchent sans être identiques.

Écrire « bilingue » sur son CV ne suffit pas.

Si vous voulez travailler en anglais, il faut que le reste du matériel le prouve : scène ou démo convaincante, profil adapté, anglais suffisamment naturel pour recevoir une direction et maintenir une scène.

L’accent peut être un atout, une contrainte ou simplement une caractéristique du personnage selon le projet.

L’objectif n’est pas nécessairement de l’effacer.

C’est de connaître précisément ce que vous pouvez offrir.

Voix, doublage et performance numérique : des marchés adjacents, pas des plans B automatiques

Le Québec possède également une industrie importante de doublage, narration, publicité vocale, animation et jeu vidéo.

Ces secteurs peuvent diversifier une carrière, mais chacun demande des compétences spécifiques.

Le doublage exige notamment lecture, synchronisation et précision rythmique.

La performance capture demande parfois une utilisation du corps très différente d’un tournage classique.

La voix d’effort ou les longues sessions vocales imposent aussi leurs propres exigences.

Si un de ces marchés vous intéresse, formez-vous pour lui.

Ne présumez pas qu’une expérience de jeu devant la caméra suffit automatiquement.

Les petits projets restent un laboratoire essentiel

Une partie importante des relations professionnelles commence sur des courts métrages, films d’école et premières productions indépendantes.

Lorsqu’on débute, ou lorsqu’on possède plus d’expérience mais souhaite explorer un registre différent, ces projets peuvent offrir ce que les grosses productions n’offrent pas toujours : du temps de jeu et un personnage plus développé.

Évaluez cependant le scénario, l’équipe, les conditions, la sécurité et les droits comme nous l’avons vu dans l’article précédent.

« Petit projet » ne devrait jamais signifier « projet sans règles ».

Le financement public influence ce que nous voyons sur les plateaux

La SODEC, Téléfilm Canada, le Fonds des médias du Canada et d’autres organismes participent à l’écosystème de financement des œuvres.

Pour une actrice ou un acteur, ces structures peuvent sembler loin du métier quotidien.

Pourtant, elles influencent directement quels projets se font, avec quels budgets, dans quelles langues et selon quels critères de production.

Vous n’avez pas besoin de devenir spécialiste du financement culturel.

Mais comprendre grossièrement l’écosystème aide à expliquer pourquoi certaines années produisent davantage d’un type de contenu que d’un autre.

En 2026, le gouvernement du Québec a d’ailleurs lancé une nouvelle stratégie audiovisuelle couvrant la période 2026-2031, signe que la transformation du secteur, notamment le financement, les plateformes, la découvrabilité et la concurrence internationale, est devenue un enjeu structurel reconnu.

La valeur totale de l’industrie ne devient pas votre revenu

C’est une distinction essentielle.

Une industrie de plusieurs milliards peut coexister avec des mois très calmes pour une actrice ou un acteur.

Le budget global est réparti entre des centaines de métiers, studios, équipements, effets visuels, postproduction, infrastructures et services.

Un secteur actif crée des possibilités.

Il ne crée pas une stabilité automatique pour chaque artiste.

Une stratégie québécoise réaliste en cinq mouvements

  1. Restez très solide sur votre marché principal. Photos, démo, représentation et profils doivent être adaptés aux rôles réellement accessibles aujourd’hui.
  2. Exploitez le bilinguisme lorsqu’il est réel. Ajoutez un deuxième circuit au lieu d’abandonner le premier.
  3. Ne méprisez pas les petits projets. Un bon rôle dans un court métrage solide peut être un meilleur investissement artistique qu’une présence minuscule dans une grosse production.
  4. Développez une compétence adjacente si elle vous intéresse vraiment. Voix, théâtre, performance capture, écriture ou création personnelle peuvent diversifier votre parcours.
  5. Créez lorsque l’attente devient trop longue. Écrire une scène, tourner un court métrage ou organiser une lecture ne garantit rien, mais permet de continuer à exercer votre métier lorsque le marché ralentit.

En résumé

L’industrie audiovisuelle québécoise reste forte, mais elle ne grandit pas uniformément.

La télévision locale traverse davantage de pression, le cinéma a connu un rebond récent et les productions étrangères représentent maintenant une part considérable de l’activité.

Pour une actrice ou un acteur, la meilleure réponse n’est ni le pessimisme ni l’euphorie.

C’est la diversification intelligente : être très lisible sur son marché principal, comprendre les circuits anglophones, développer quelques compétences complémentaires et rester artistiquement actif lorsque le volume fluctue.

Avec cet article, nous terminons la partie « affaires et industrie » du guide.

La dernière partie est peut-être la plus importante pour durer : comment protéger la personne qui doit traverser des années d’incertitude, de jugement, de travail intense et d’attente?

Repères : Institut de la statistique du Québec, Gouvernement du Québec et organismes sectoriels, données et publications consultées en 2026.

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